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L’Histoire affirme sans preuve l’existence d’une “décision” et d’un “objectif” d’extermination des juifs

La revue mensuelle L’Histoire est dirigée par Philippe Clerget, un homme d’affaires, ancien élève de l’École des hautes études commerciales de Paris ; ses deux conseillers sont les historiens Michel Winock et Jean-Noël Jeanneney. La livraison n° 362 (mars 2011) de la revue consacre au procès d’Adolf Eichmann (Jérusalem, 1961) 31 pages sur 100 (p. 3, 38-67). Le dossier est d’un écrasant conformisme et respecte tous les interdits en cours. Seule la page 52 mérite qu’on s’y arrête ; elle se présente comme un encart, auquel on a donné pour titre et sous-titre : « Qui a décidé le génocide et quand ? Depuis quinze ans, la connaissance du génocide a beaucoup progressé ». On y affirme l’existence d’une « décision » et d’un « objectif » d’extermination des juifs. On le fait sans apporter de preuve et avec l’aplomb qui est d’usage chez les religionnaires de « l’Holocauste » ou de la « Shoah ». C’est ici qu’il vaut la peine de voir à l’œuvre nos prestidigitateurs de L’Histoire.

Jusqu’alors on n’avait jamais trouvé un ordre d’extermination des juifs, que celui-ci fût signé de Hitler, de Göring, de Himmler, de Heydrich, de Goebbels ou de tout autre responsable du IIIe Reich. On n’avait pas non plus découvert la moindre preuve de l’existence d’un plan d’extermination des juifs, ni d’une instruction ou d’un budget pour une si vaste entreprise criminelle. Il existe en revanche pléthore de faits et de documents qui semblent exclure que le IIIe Reich ait adopté et suivi une politique d’extermination des juifs européens, à commencer par le nombre considérable de « survivants » ou de « miraculés » de tous âges qui se trouvaient encore en Europe après la guerre, parmi lesquels, au premier rang, ces « témoins » d’Auschwitz et d’autres camps dénommés par les vainqueurs « camps d’extermination ». On n’a jamais vu d’extermination ou d’usines de mort produire autant de survivants, de rescapés ou de miraculés exigeant et obtenant autant de réparations, compensations ou restitutions financières ou autres. En 1997, soit cinquante-deux ans après la guerre, l’État d’Israël évaluait à un chiffre compris entre 834 000 et 960 000 le nombre, dans le monde, des survivants de « l’Holocauste » («Holocaust survivors» par Adina Mishkoff, Aministrative Assistant, AMCHA, Jérusalem, 13 août 1997) ; d’après une estimation du statisticien suédois Carl Nordling, à qui j’ai soumis cette évaluation du gouvernement israélien, il est possible, à partir de l’existence d’une moyenne de 900 000 « survivants » en 1997, de conclure à l’existence, en 1945, d’un peu plus de trois millions de « survivants » au sortir de la guerre. Des « miraculés » par millions ne sont plus un miracle mais les produits d’un phénomène naturel. Par ailleurs, le simple fait que les tribunaux militaires allemands aient parfois condamné à mort et fait fusiller des soldats ou des civils allemands pour assassinat de juifs exclut jusqu’à la possibilité d’existence d’un ordre quelconque d’exterminer les juifs (voyez, dans mon interview à Téhéran du 13 décembre 2006, ma réponse à la question « Pensez-vous que le régime national-socialiste a commis des crimes envers les juifs européens ? » [Écrits révisionnistes, vol. VI, p. 236]).

Des « miraculés » par millions ne sont plus un miracle mais les produits d’un phénomène naturel.

Des monceaux de documents prouvent assurément l’existence dans l’Allemagne national-socialiste d’une politique qui visait effectivement soit à la mise au ban des juifs, soit à leur émigration consentie ou forcée et il est surabondamment prouvé que beaucoup d’entre ces juifs ont été en temps de guerre internés dans des ghettos, des camps de transit, des camps de travail forcé, des camps de concentration ; par ailleurs, il est également incontesté que dans certains de ces camps fonctionnaient des chambres à gaz de désinfestation (notamment au Zyklon B, produit inventé vers 1922 et encore en usage aujourd’hui quoique sous une autre dénomination) ainsi que des fours crématoires, lesquels étaient indispensables en particulier là où sévissaient des épidémies dévastatrices, par exemple, de typhus. En revanche, pas un document n’atteste de l’existence chez les Allemands de « camps d’extermination » (expression forgée par les Alliés), de « chambres à gaz [d’exécution] », de « camions à gaz [d’exécution] » ou de « groupes mobiles de tuerie » ayant reçu pour instruction de tuer les juifs sur le front de l’Est. Contrairement à ce que s’imaginent bien des profanes, les historiens de « l’Holocauste » s’accordent dans leur ensemble à reconnaître que, malgré « les recherches les plus érudites » (l’expression est de François Furet en accord sur ce point avec Raymond Aron), on n’a jamais trouvé un ordre quelconque d’exterminer les juifs. Les documents relatifs à « une solution finale de la question juive » (la formulation intégrale étant « une solution finale territoriale de la question juive » : « eine territoriale Endlösung der Judenfrage ») ne contiennent rien de tel. Sur tous ces points, je me permets de renvoyer le lecteur soit aux cinq volumes de mes Écrits révisionnistes, soit, plus particulièrement, à mon étude sur « Les victoires du révisionnisme » du 11 décembre 2006, soit, encore plus particulièrement, dans l’étude en question, aux points 1 (Léon Poliakov), 7 (Raymond Aron et François Furet), 10 (Raul Hilberg), 14 (Philippe Burrin) et 15 (Yehuda Bauer sur « the silly story of Wannsee »).

Certes il se trouve encore parfois des auteurs qui, non sans shutzpah, nous annoncent qu’ils viennent de découvrir « la preuve » tant recherchée ou « le document » si convoité. Mais, régulièrement, ce type d’annonces est accueilli dans la communauté scientifique par un silence embarrassé ou par un scepticisme affiché, la prétendue preuve ou le prétendu document se révélant en fin de compte illusoires ou fallacieux.

C’est le 24 février 2011 que j’ai pris connaissance du texte intitulé : « Qui a décidé le génocide et quand ? / Depuis quinze ans, la connaissance du génocide a beaucoup progressé ». Le titre était prometteur : selon toute vraisemblance on allait enfin nous apprendre qui au juste avait décidé le plus grand crime de tous les temps. On allait nous révéler le nom du décideur et la date de la décision ; inévitablement on allait aussi nous fournir le contenu du document dans sa version originale allemande et dans sa traduction en français. En fait, rien de tel. À la fin d’un long développement, en bien des points contestable, L’Histoire concluait en un premier temps :

La décision d’une solution finale par extermination directe à l’échelle européenne, et non plus en URSS et sur le territoire de l’ancienne Pologne, fut sans doute prise à la suite de l’entrée en guerre des États-Unis. L’univers mémoriel nazi qui faisait de la Première Guerre mondiale perdue un horizon indépassable explique probablement ce basculement vers la Solution finale à l’échelle européenne au moment même où se rejouait le cauchemar de 1917 – la guerre sur deux fronts.

Et, en un second temps, sans désemparer, L’Histoire ajoutait :

Elle [entendez : cette « décision d’une solution finale par extermination directe à l’échelle européenne »] ne fut pas mise en pratique avant le printemps 1942. Le 4 juin 1942, Himmler fixa l’objectif du « génocide en une année » : à la mi-mai 1942, 80% des victimes étaient encore en vie ; un an plus tard, la proportion s’était inversée [souligné par moi].

L’article s’arrête là. On voit qu’en un premier temps le ton a été celui de la prudence avec l’usage de mots comme « sans doute » ou « probablement » ; on a spéculé sur le compte d’une « décision » dont on ne nous a révélé ni l’auteur ou les auteurs ni le contenu à proprement parler. Mais, en un second temps, celui de la « mise en pratique » de cette décision, on a d’abord été vague quant à la date (« avant le printemps 1942 »), puis soudainement une date précise est apparue (« le 4 juin 1942 ») et surtout un nom, celui de Himmler. Pour nous résumer, le titre de l’article posait la question suivante : « Qui a décidé le génocide et quand ? » et, à la fin de l’article, le lecteur peut croire qu’il a trouvé la réponse tant attendue dans la phrase suivante : « Le 4 juin 1942, Himmler fixa l’objectif du “génocide en une année” ». Mais, à y voir de plus près, dans cette phrase on ne lui révèle pas exactement « qui a décidé le génocide et quand ». On se contente de lui laisser entendre que quelqu’un, à une date indéterminée et sous une forme non révélée, a pris cette terrible décision qui, le 4 juin 1942, a connu une ultime étape, effrayante, avec un Heinrich Himmler qui, lui, aurait fixé « l’objectif du “génocide en une année” ».

Prenons au mot le magazine L’Histoire. Faisons le deuil de notre espoir d’apprendre « qui a décidé le génocide et quand ». Arrêtons-nous à l’étape marquée par cette soudaine intervention de Himmler. Examinons-la de près.

Page de L’Histoire annotée par R. Faurisson

D’emblée le lecteur attentif se sent envahi par le doute, et cela pour trois raisons. La première raison de douter tient à ce que, dans la phrase « Le 4 juin 1942, Himmler fixa l’objectif du “génocide en une année” », le mot de « génocide », apparemment présenté comme provenant de Himmler, constitue un anachronisme et, en matière d’histoire, l’anachronisme est le signe du faux ; ce mot n’est apparu qu’en 1944 sous la plume de son inventeur, un juif américain du nom de Raphael Lemkin. Mais, après tout, peut-être s’agit-il là d’une négligence d’expression imputable aux responsables de la revue ; peut-être ces derniers ont-ils voulu nous dire que Himmler a décidé en 1942 ce qui aujourd’hui est communément appelé « génocide ».

« (…) en matière d’histoire, l’anachronisme est le signe du faux »

Notre deuxième raison de douter tient au fait que le magazine n’indique aucune source ni même ne fournit aucune référence au lecteur désireux d’aller voir en quels termes Himmler a bien pu fixer l’objectif et à qui il a pu notifier pareille instruction.

La troisième raison de douter réside dans le fait que les deux affirmations finales selon lesquelles « à la mi-mai 1942, 80% des victimes étaient encore en vie ; un an plus tard, la proportion s’était inversée » sont d’une brièveté par trop désinvolte : là encore, on ne nous produit ni sources ni références ni preuves ni documents.

Mon message aux responsables de L’Histoire
(en particulier à Michel Winock)

Le 25 février j’envoyais aux responsables de la revue et, en particulier, à Michel Winock le message suivant :

         Aux responsables de L’Histoire

Permettez-moi, je vous prie, d’appeler votre attention sur le fait qu’une grave erreur a probablement été commise, dans votre livraison datée de mars 2011, à la toute fin du texte intitulé : « Qui a décidé le génocide et quand ? » (p. 52) ; il est signé de L’Histoire.

Au sujet de la Solution finale « par extermination directe à l’échelle européenne », il y est écrit :

Elle ne fut pas mise en pratique avant le printemps 1942. Le 4 juin 1942, Himmler fixa l’objectif du « génocide en une année » : à la mi-mai 1942, 80% des victimes étaient encore en vie ; un an plus tard, la proportion s’était inversée.

La simple phrase selon laquelle « Le 4 juin 1942, Himmler fixa l’objectif du “génocide en une année”» est surprenante à plus d’un titre. Quel est le document auquel on ne fait ici qu’une vague allusion ? Sa date ? Son signataire ? Son contenu ? S’agit-il d’un document ignoré de Raul Hilberg et, en ce cas, découvert par qui et quand ? Que signifient les guillemets apposés à « génocide en une année » ? Que veut dire au juste cette formule? Sur le moment le lecteur peut croire que Himmler en est l’auteur mais, à la réflexion, il voit qu’il est impossible qu’ait figuré dans un document de 1942 le mot de « génocide » qui, appliqué aux juifs victimes des Allemands du IIIe Reich, apparaît pour la première fois en 1944 sous la plume de l’Américain Raphael Lemkin. Mais alors qui est l’auteur de cette formule ?

Pour savoir quel document en relation avec l’Holocauste a bien pu être daté du 4 juin 1942, j’ai, comme il se doit, consulté The Holocaust / The Nuremberg Evidence / Part One: Documents, de Jacob Robinson & de Henry Sachs, Yad Vashem & Yivo Institute, Jerusalem 1976. Je n’ai trouvé à cette date qu’un seul document, à la page 95 B. Il s’agit du document NO-2260 dont le résumé est le suivant : « Allocation of apartments of deported German Jews to protégées of Nazi officials ». Merci de bien vouloir m’éclairer au plus tôt.

Bien à vous. Jean Norton [RF]

Une rectification, mineure, de L’Histoire

À mon message nulle réponse mais, dans sa livraison de mai, en page 6, la revue allait publier un bref « rectificatif » ainsi conçu : « Le discours de Himmler qui fixe les objectifs de la Solution finale a eu lieu le 9 juin 1942 (et non le 4, p. 52 du n° 362).»

Himmler n’a parlé que de « migration » forcée des juifs !

Au moins cette rectification nous apprend-elle que c’est donc dans un « discours » que Himmler aurait fixé « l’objectif » (ici au pluriel), et cela à la date du 9 juin 1942. Or, les historiens le savent depuis beau temps, Himmler a prononcé ce jour-là, au «Foyer des aviateurs», après la cérémonie des funérailles de Heydrich à Berlin, un discours devant les généraux et les chefs de service de la SS et de la police. En passant, il a eu cette phrase : « D’ici un an nous en aurons assurément terminé avec la migration des juifs ; ensuite il n’en migrera plus aucun. Car c’est dès maintenant qu’il nous faut exactement faire place nette. » Puis, séance tenante, il est passé au cas d’autres migrants qui devraient, eux aussi, faire place nette : « Je pense à la migration des travailleurs étrangers qui pourront plus tard travailler chez nous ». Le texte allemand est le suivant : « Die Völkerwanderung der Juden werden wir in einem Jahr fertig haben ; dann wandert keiner mehr. Denn jetzt muss eben reiner Tisch gemacht werden. Ich meine die Völkerwanderung der Fremdvölkischen, die später bei uns arbeiten können » (p. 159 de l’ouvrage cité ci-dessous). Le mot de « Wanderung » signifie excursion, promenade à pied, voyage à pied, tour ; appliqué à des peuples, comme c’est ici le cas, il se traduit par « migration » ou « déplacement ». Himmler a donc simplement parlé de « migration » (forcée) ou de « déplacement » (forcé) et non d’extermination ! Quant au contexte, il plaide clairement en faveur d’une migration forcée ou d’un déplacement forcé : Himmler évoque une vaste « tâche » (Aufgabe) : « le peuplement et la migration (ou le déplacement) des peuples européens que nous sommes en train d’accomplir » (die Siedlung und die Völkerwanderung in Europa, die wir vollziehen). Il faut, dit-il, d’une part, ramener d’autorité dans le sein du Reich les peuples germaniques dispersés loin de la mère patrie et, d’autre part, expulser du Reich tous les éléments qui lui sont étrangers, par exemple, les juifs mais aussi les travailleurs étrangers actuellement indispensables ; ceux-là, « s’ils veulent avoir des enfants, ils les auront n’importe où, mais pas chez nous. Il ne faut pas que nous les laissions fonder une famille, ni un foyer ni rien d’autre ». « Ils n’ont rien à voir avec le peuple allemand ».

Heinrich Himmler (1900-1945) : il n’a jamais évoqué une extermination des juifs

Le texte de ce discours est consultable dans Geheimreden 1933 bis 1945 und andere Ansprachen [Discours secrets de Himmler de 1933 à 1945 et autres allocutions]. L’ouvrage, de 319 pages, a été publié par Bradley Smith, de Stanford University en Californie (à ne pas confondre avec le révisionniste californien Bradley R. Smith, responsable du « CODOH »), et Agnes F. Peterson, également de Stanford, avec une introduction (p. 13-22) de Joachim C. Fest, historien et journaliste allemand, à Berlin et Vienne, aux Éditions Ullstein en 1974. Le long discours ici en cause est présenté à la page 145 et occupe les pages 146-161. Les notes, au nombre de 38, se lisent aux pages 297-300. Ce discours qui n’a rien de « secret » et qui est même manifestement public traite de toutes sortes de sujets englobant les graves pertes de la SS, l’emploi des blessés, la redoutable campagne de Russie, le recrutement des jeunes gens, le repeuplement de l’Allemagne par le regroupement forcé dans la mère patrie des minorités germaniques dispersées, la préservation de l’unité raciale, la lutte contre l’influence de l’esprit chrétien, le problème de l’alcoolisme, celui du tabagisme, la nécessité de l’esprit de camaraderie et de l’entente au sein de l’administration SS, le refus du pessimisme, la franchise devant le caractère terrible de certaines situations, la prudence nécessaire pour éviter des attentats comme celui commis contre Heydrich et d’autres sujets encore. « La guerre n’est pas un instrument destiné à rendre les hommes meilleurs », prononce Himmler. « Beaucoup de jeunes recrues se déroberont [sous l’effet de la peur] ». « Nous avons passablement d’incapables ». Le ton général du discours est proche de celui de la conversation familière. Un segment d’une extrême brièveté porte sur les juifs : celui que j’ai cité plus haut, en gras. Il figure à la page 159. Il nous vaut dans une note la remarque suivante (en allemand) de la part des éditeurs : « une allusion non voilée à la “Solution finale de la question juive !” » (p. 300, note 38). Tout au long dudit ouvrage les responsables de la publication ont multiplié les explications, les intrusions, les pures et simples additions destinées à nous convaincre que des mots ou des expressions comme « éloigner », « résoudre sans compromis la question [juive] », « migration [forcée] », etc. cachaient les plus sinistres réalités et signifiaient « extermination » ou « exterminer ». Comprenons ici que Himmler aurait codé son langage et que nos scoliastes, eux, ont, pour notre édification, énormément décodé. Ils l’ont fait avec un remarquable aplomb, décrétant, par exemple, que, dans un même passage où Himmler emploie à deux reprises le mot de « Völkerwanderung » (migration des peuples), la première fois au sujet des juifs et la seconde au sujet des travailleurs étrangers, il fallait comprendre qu’appliqué aux juifs le mot signifiait « migration au sens caché d’extermination » et qu’appliqué aux travailleurs étrangers il voulait tout simplement dire « migration » ! C’est se moquer.

Page 159 du livre : “Heinrich Himmler Geheimreden 1933 bis 1945 und andere Ansprachen” [Discours secrets de Himmler de 1933 à 1945 et autres allocutions]. Les annotations sont de R. Faurisson. On découvre que dans son allocution du 9 juin 1942, jamais H. Himmler n’a évoqué une quelconque extermination des juifs qui aurait dû être terminée dans l’année à venir.

Pierre Vidal-Naquet s’était fait une spécialité de ces tours de passe-passe aussi bien à propos de certains discours de Himmler, tenus par exemple à Posen, que sur d’autres sujets. Je lui avais répliqué dans ma Réponse à Pierre Vidal-Naquet (2e édition augmentée, La Vieille Taupe, 1982, 96 pages ; en particulier aux pages 22-25). Ceux qui ne lisent pas l’allemand peuvent trouver une traduction en français de ces discours de Himmler dans Heinrich Himmler, Discours secrets, traduit de l’allemand par Marie-Martine Husson, Gallimard, NRF, 1978, 261 p. ; le passage sur la « migration » se situe à la page 156. Cette traduction en français est malhonnête jusque dans son titre où ne sont plus mentionnées, à côté des discours qualifiés arbitrairement de « secrets », les « autres allocutions » (andere Ansprachen) ; cette omission permettait de faire croire au lecteur que tous ces discours de Himmler, sans distinction, étaient « secrets » et nécessitaient par conséquent un travail de déchiffrement continu où l’on s’est donné les coudées franches pour décoder à tout va.

Pierre Vidal-Naquet. Il était devenu un spécialiste du “décodage” des documents allemands.

La « source » de L’Histoire : une fantaisie de Florent Brayard

Parmi les historiens qui défendent la thèse de l’extermination des juifs il est des personnalités comme Raul Hilberg auxquelles il faut reconnaître le mérite d’avoir sinon bien travaillé, du moins beaucoup travaillé. Il en est d’autres qui ont bâclé leur travail. Tel a été le cas de Florent Brayard, auteur en particulier de La « Solution finale de la question juive » / La technique, le temps et les catégories de la décision, Fayard, 2004, 650 p. Son ouvrage est pitoyable (voy. ma lettre du 4 septembre 2005, La thèse nullissime de Florent Brayard. Le sous-titre en est abscons et rien dans le corps de l’ouvrage n’en éclaire le sens. On est là dans le chiqué universitaire. Parce qu’il écrit mal et se paie de mots, le malheureux F. Brayard est souvent confus et parfois abstrus. Le début de sa tentative de démonstration tourne vite au désastre. Qu’on en juge par ces quelques lignes de la page 29 dont rien dans la suite de l’ouvrage ne viendra démentir la maladresse et l’incohérence :

Un « plan confidentiel » de Himmler

« Nous devons sans faute avoir achevé la migration du peuple juif en un an ; ensuite il n’y en aura plus aucun pour errer. Il faut donc à présent que table rase soit faite, totalement. » [Suit une note renvoyant à la traduction de Marie-Martine Husson]. — Telle était la seule et brève allusion du Reichsführer Heinrich Himmler à la « question juive » lors de son discours, le 9 juin 1942, à l’occasion des funérailles de Heydrich. Ces deux phrases [sic pour : Ces trois phrases] sont régulièrement citées par les historiens pour illustrer l’accélération de l’extermination des juifs au milieu de l’année 1942 [suit une note citant Klarsfeld], mais aucun, à ma connaissance, n’a pris le parti de les entendre comme l’annonce d’un programme d’extermination totale du judaïsme devant être réalisé en une année seulement.

On s’étonne, pour commencer, de voir que F. Brayard affuble de guillemets ce «plan confidentiel». On s’étonne encore plus de découvrir au bas de la même page 29 que, selon ses propres mots, c’est « par convention » qu’il a ainsi apposé des guillemets ! Pas un instant il ne nous explique quelle est cette « convention » ; il ne nous révèle pas plus qui a bien pu instituer ladite convention et pourquoi, de son côté, il se sent obligé de la respecter ! Quant à sa critique des « historiens », elle est déconcertante. Comment ces derniers auraient-ils pu décider de voir « l’annonce d’un programme d’extermination totale du judaïsme européen devant être réalisé en une année seulement » dans ce que F. Brayard en personne appelle « la seule et brève allusion du Reichsführer Heinrich Himmler à “la question juive” » dans un discours public ? S’il ne s’agit, comme il l’écrit, que d’une « allusion » et si cette allusion est « seule et brève », comment bâtir sur un fondement aussi fragile une aussi formidable accusation ? Pour le faire, il y faudrait un étonnant parti pris. Or c’est presque ce que nous dit l’auteur quand il constate qu’aucun historien, à sa connaissance, « n’a pris le parti » de faire ce qu’il a lui-même « pris le parti » de faire ! Tout au long de son ouvrage, F. Brayard accumule ainsi de telles naïvetés que je ne vois personnellement qu’un seul autre historien pour rivaliser avec lui dans la candeur (mêlée de roublardise) : l’Américain Christopher Browning. À ce F. Brayard nous sommes redevables d’un libelle dont le titre, à lui seul, Comment l’idée vint à M. Rassinier : naissance du révisionnisme (Fayard, 1996), reflète la gaucherie ; pour un bref compte rendu de l’ouvrage on peut se reporter soit à mes Écrits révisionnistes (1974-1998), [vol. IV,] p. 1745-1746, soit à Contre le révisionnisme historique.

La couverture, puis la page 29 du livre de Florent Brayard, “La «Solution finale de la question juive» / La technique, le temps et les catégories de la décision”, avec les annotations de R. Faurisson.

Mais, d’une manière générale, comment prendre au sérieux un historien qui termine la présentation de son ouvrage en proclamant non sans fierté que « La structure générale [dudit ouvrage historique] reprend celle de certains films ou de certains romans où la scène d’ouverture est celle du crime et dont toute l’intrigue ne se déroule ensuite que pour expliquer comment on en est arrivé là » ? (p. 24).

L’historien conventionnel Florent Brayard

Une cible bien mal choisie : Heinrich Himmler

F. Brayard a été mal inspiré de jeter son dévolu sur Himmler. S’il est un haut responsable qui s’est clairement expliqué sur la véritable politique antijuive du IIIe Reich c’est bien Heinrich Himmler, lequel, jusqu’à la fin, a déclaré que l’Allemagne ne serait que trop heureuse si les Alliés voulaient bien recevoir les juifs européens à la condition expresse de les garder chez eux tant que durerait la guerre, et cela afin de leur interdire tout accès à la Palestine.

Encore le 15 janvier 1945, lors d’un entretien avec Jean-Marie Musy (ancien président de la Confédération helvétique), Himmler déclarait :

Nous affectons les juifs au travail et, bien entendu, y compris à des travaux durs tels que la construction de routes, de canaux, les entreprises minières et ils ont là une forte mortalité. Depuis que sont en cours les discussions sur l’amélioration du sort des juifs, ils sont employés à des travaux normaux, mais il va de soi qu’ils doivent, comme tout Allemand, travailler dans l’armement. Notre point de vue sur la question juive est la suivante : la prise de position de l’Amérique et de l’Angleterre quant aux juifs ne nous intéresse d’aucune façon. Ce qui est clair, c’est que nous ne voulons pas les avoir en Allemagne et dans le domaine de vie allemand en raison des décennies d’expérience après la [première] guerre mondiale et que nous n’engagerons aucune discussion à ce sujet. Si l’Amérique veut les prendre, nous nous en féliciterons [Wenn Amerika sie nehmen will, begrussen wir das]. Mais il doit être exclu, et là-dessus une garantie devra nous être donnée, que les juifs que nous laisserons sortir par la Suisse puissent jamais être refoulés vers la Palestine. Nous savons que les Arabes, tout autant que nous Allemands le faisons, refusent les juifs et nous ne voulons pas nous prêter à une indécence [Unanständigkeit] telle que d’envoyer de nouveaux juifs à ce pauvre peuple martyrisé par les juifs [diesem armen, von den Juden gequälten Volke]. – Économiquement nous adoptons le même point de vue que l’Amérique. Tout comme chaque immigrant aux États-Unis doit verser mille dollars, chaque émigrant quittant le domaine de souveraineté allemand doit également verser 1 000 dollars. L’argent, même en devises, ne nous intéresse pas. Nous souhaitons que, pour l’argent qui sera versé en Suisse, s’ensuive une livraison de marchandises selon les lois de la neutralité car l’argent en soi ne nous intéresse pas et ne nous intéressent pas non plus les médicaments proposés comme le Cibasol, que nous produisons nous-mêmes. J’ai spécifié que nous intéressaient tracteurs, camions et machines-outils. [Heinrich Himmler rend compte de son entretien du 15 janvier 1945 avec Jean-Marie Musy (ancien président de la Confédération helvétique) au sujet des juifs, Écrits révisionnistes, vol. VII, p. 111-113]

Joachim von Ribbentrop défendait sur le sujet des juifs la même politique qui, répétons-le, était celle du régime du IIIe Reich tout entier. Le 29 avril 1944 Eberhard von Thadden, haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères à Berlin, souvent en relation avec Adolf Eichmann, rappelait qu’en janvier 1944 le Gouvernement allemand avait répondu aux Britanniques :

Le Gouvernement du Reich ne peut se prêter à une manœuvre tendant à permettre aux juifs de chasser le noble et vaillant peuple arabe de sa mère patrie, la Palestine. Ces pourparlers ne pourront se poursuivre qu’à la condition que le Gouvernement britannique se déclare prêt à héberger les juifs en Grande-Bretagne, et non en Palestine, et qu’il leur garantisse qu’ils pourront s’y établir définitivement (Document de Nuremberg NG 1794. Traduction dans La Persécution des juifs dans les pays de l’Est présentée à Nuremberg, Recueil de documents publié sous la direction de Henri Monneray, ancien substitut au Tribunal militaire international, introduction de René Cassin, Éditions du Centre [de documentation juive contemporaine], Paris 1949, p. 169).

La grave responsabilité de L’Histoire et de ses
deux conseillers de la direction

La revue L’Histoire et ses deux conseillers de la direction, les historiens Michel Winock et Jean-Noël Jeanneney, ont ainsi abusé leurs lecteurs à trois reprises.

Ils ont d’abord pris la grave responsabilité d’accréditer l’existence d’un prétendu ordre d’extermination des juifs sans nous en indiquer le nom du responsable, la date, le contenu, la référence.

Puis, ils ont affirmé, sans aucune preuve, sans indication de source ou de référence, que, le 4 juin (après rectification, le 9 juin) 1942, Himmler, pour sa part, avait fixé «l’objectif du “génocide en une année”» ; or le document auquel ils font allusion atteste de ce que, ce jour-là, dans un discours, Himmler n’a rien annoncé d’autre que la nécessité de régler en un an la « migration » (Auswanderung) forcée des juifs hors d’Allemagne ; il a, dans le même passage de son discours, parlé de la nécessité de ramener dans la mère patrie les minorités allemandes dispersées en Europe (autre forme de migration forcée) et de résoudre également par la migration forcée le problème posé par les travailleurs étrangers afin d’éviter que ceux-ci ne fassent souche en Allemagne. Le texte aussi bien que le contexte excluent qu’on s’autorise à parler d’un objectif d’extermination des juifs !

Enfin, ils ont conclu : « à la mi-mai 1942, 80% des victimes étaient encore en vie ; un an plus tard, la proportion s’était inversée », mais ils n’ont accompagné cette nouvelle affirmation d’aucune preuve, d’aucune indication de source, d’aucune référence, d’aucun document.

Somme toute, ils ont, sur un sujet particulièrement grave, agi à trois reprises avec une insigne légèreté.

Ils se doivent, par conséquent, de fournir des explications à leurs lecteurs ainsi qu’à la communauté des historiens.

NB : C’est à Vincent Reynouard que nous sommes redevables des illustrations de cet article qu’il a bien voulu reproduire dans un récent double numéro de sa revue Sans Concession (n° 65-66, juin 2011, p. 9-23 ; prix : 25 €). On ne saurait trop recommander l’achat de ce très riche numéro et l’abonnement à cette revue diffusée par M. Urbain Cairat, Case postale 1528, CH – 1820 MONTREUX (Suisse).

10 juin 2011

L’Histoire (www.lhistoire.fr), revue mensuelle créée en 1978, 74, avenue du Maine, 75014 Paris. Directeur de la publication : Philippe Clerget. Rédaction : tél. : 01 44 10 12 90 ; fax : 01 44 10 54 47 ; courriel : courrier@histoire.presse.fr. Directrice de la rédaction-rédactrice en chef : Valérie Hanin, tél. : 01 44 10 54 31. Conseillers de la direction : Michel Winock et Jean-Noël Jeanneney.