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Sornettes et tricheries de Valérie Igounet sur le compte de Robert Faurisson (Première partie)

Ô mânes de Céline emprisonné au Danemark et de Robert Denoël assassiné à Paris, en 1945, ce sont les éditions Denoël et nulles autres qui viennent de publier le nouveau factum de Valérie Igounet : Robert Faurisson, portrait d’un négationniste (mars 2012, 464 p., 27,50 €) ! Révérence gardée et pour parler comme Céline, reconnaissons qu’il s’agit là d’un « portrait au caca fumant ». On y voit demoiselle Igounet soutenir la thèse que, chez Robert Faurisson, de bout en bout, « le fil conducteur reste la haine » (4e de couverture). Dans le corps de l’ouvrage, ce leitmotiv de la « haine [des juifs] » revient de manière lancinante. Il est censé tout expliquer mais, en réalité, rien ne vient justifier cette prétendue explication sinon le raisonnement circulaire selon lequel la preuve que Faurisson est antijuif tient essentiellement au fait qu’il ne croit pas à la Shoah et, s’il ne croit pas à la Shoah, c’est qu’il est antijuif. Voilà qui n’est pas sans rappeler une réjouissante ânerie universitaire de 1979 où, dans une solennelle déclaration signée de trente-quatre universitaires français, on me rétorquait : « Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible ; il a été possible techniquement puisqu’il a eu lieu » (voy., entre autres commentaires de cette mémorable réponse, mon article du 23 février 2002, Pierre Vidal-Naquet à Lyon, Écrits révisionnistes (1999-2004), vol. V, p. 299-306). Dans ces centaines de pages, nulle trace d’un effort de réflexion. Le lecteur en est réduit à tourner en rond ou à faire du sur place. Sa haine mise à part, Faurisson ne serait… rien. Mais, s’il n’est rien, pourquoi en faire tout un livre ? Peut-être aux yeux de Zigounette ce Faurisson est-il le diable ? On en a souvent l’impression. Après tout, du diable n’a-t-il pas « l’esprit qui toujours nie » ? Du diable, en tout cas, il a l’art de tromper. Il s’avance masqué. Voyez tous ces témoignages qui le décrivent comme un professeur hors pair, certes exigeant et caustique mais enjoué, « charmant » (sic) et d’une exceptionnelle culture : eh bien, pour Mademoiselle Igounet, ces témoignages attestent tout bonnement de la duplicité de Faurisson, un vrai comédien, un Nijinski du double jeu. Ses malheureux admirateurs n’avaient pas percé son jeu et, surtout, ils n’avaient malheureusement pas eu pour eux l’intelligence et le discernement de Zigounette, qui, à l’instar de ses pareil(le)s, détecte à cent pas l’odeur du soufre à tuer les juifs.

Quel peut bien être « le fil conducteur » de cette demoiselle de petite quarantaine tout au long de ces pages si pleines de sornettes, fariboles, ragots, cancans et papotis auxquels s’ajoutent – et c’est bien plus grave – de stupéfiantes tricheries ? Serait-ce la haine ? L’amour rentré ? La jouissance qu’elle semble trouver dans la débauche d’imagination ? Serait-ce – les dieux m’en gardent – que le « diable » Faurisson sorti de son imagination lui émoustillerait les sens ? Zigounette subirait-elle tout au fond d’elle-même, par moments, l’attraction de ce « négationnisme » (sic) auquel elle consacre ici son second ouvrage ? Le premier, aujourd’hui vieux de douze ans, s’intitulait Histoire du négationnisme en France (Seuil, 2000, 701 p.). Comment diable peut-on consacrer comme elle le fait deux gros livres à ce qui, pour elle, serait le néant de la pensée et se résumerait à des élucubrations antijuives ? Si Faurisson a conclu de ses recherches, par exemple, que les chambres à gaz d’Adolf Hitler n’ont pas plus existé que les armes de destruction massive de Saddam Hussein, peut-être est-ce pour l’unique raison que, vérifications faites, ces magiques abattoirs (pour, à chaque fournée, des centaines ou des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants) n’ont tout simplement pas existé, ni même pu exister ? Depuis douze ans et encore aujourd’hui notre romancière ne semble pas s’être posé la question. On aimerait la voir se colleter avec la dure réalité au lieu de donner libre cours à « la folle du logis », c’est-à-dire à son imagination enfiévrée.

Mal conçu, inorganisé, réduit à un déballage chronologique qui fait se heurter dans le désordre les anecdotes les plus futiles, rédigé en un français trop souvent approximatif, l’ouvrage de Valérie Igounet comporte cinq parties ou, plutôt, quatre premières parties où Faurisson apparaît sous les traits d’un raté congénital et une cinquième et dernière partie où l’on a la surprise d’apprendre que le raté en question est, contre toute attente et par miracle, enfin parvenu à son but et connaît aujourd’hui « la gloire » !

Les cinq parties s’intitulent respectivement : 1. L’extrémiste (1929-1968) ; 2. Le provocateur (1968-1978) ; 3. Le propagandiste (1978-1985) ; 4. Le manipulateur (1985-2000) ; 5. L’heure de gloire ? (2000-2011). Le titre de la première partie nous révèle qu’ayant vu le jour en 1929 Robert Faurisson, cette année-là, serait donc « né » « extrémiste » : un tour de force ! Quant au titre de la dernière partie, il se termine sur un point d’interrogation mais cette interrogation est ici rhétorique car, ainsi qu’en fait foi une page dudit chapitre, l’extrémiste-provocateur-propagandiste-manipulateur qui recherchait la gloire sans jamais l’atteindre, tout d’un coup, en 2008, est parvenu à « une notoriété sans précédent. L’heure de gloire [cette année-là] de Robert Faurisson a sonné » (p. 374). Et la demoiselle prolongée de conclure : « Il était temps ».

Alors que son ouvrage allait être confié à l’imprimeur, un scrupule l’a saisie. Mademoiselle Igounet (ou son éditeur ?) a dû songer que des lecteurs trouveraient étrange qu’écrivant un gros ouvrage sur Faurisson elle n’eût pas jugé utile de poser la moindre question à l’intéressé. Comment cela ? Pour se faire une juste idée du personnage, elle aurait directement interrogé certaines personnes, en France ou à l’étranger, soit par lettre ou message électronique, soit par téléphone, soit à l’occasion d’une rencontre, mais pas un instant elle n’aurait, pour ce livre, posé de questions à celui-là même dont le caractère maléfique lui semble si rempli de contradictions : ici, diable masqué ourdisseur de complots et, là, diable à cornes et à queue, bien voyant, sûr de lui, dominateur et dont, en fin de compte, « l’heure de gloire […] a sonné » en 2008.

Aussi, à la dernière minute sinon à la dernière seconde, Zigounette m’a-t-elle posé les huit questions qu’on trouvera ci-dessous et auxquelles j’ai bien voulu répondre. Connaissance prise de son ouvrage, je certifie que ces huit questions, à elles seules, reflètent l’esprit tout entier dans lequel l’auteure a conduit ses minuscules enquêtes. Encore dois-je honnêtement prévenir le lecteur que, dans certaines de ses parties, le pavé recèle des épisodes encore plus forts que ceux dont on trouve ici l’esquisse. Je recommande en particulier les anecdotes concernant mes débuts de jeune enseignant à Ambert, alors capitale du chapelet en France. Dans Les Copains de Jules Romains, dont l’action principale se situe à Ambert, les inventions les plus échevelées et les plus cocasses excitaient l’imagination de leur auteur. Ici, Zigounette prend pour argent comptant les fantaisies de certains de ses « témoins » ambertois (ou vichyssois ou clermontois) et, sur un ton de vierge effarouchée, nous en fait le récit. Là où d’autres ne marcheraient pas, elle marche, elle court, elle vole et ne semble plus même se rendre compte de ce qu’elle écrit ou essaie d’écrire.

Mais, sans plus tarder, voici les huit questions et réponses.

Robert Faurisson répond à huit questions
de Valérie Igounet (16 janvier 2012)

1) D’après certains témoignages, alors que vous étiez enseignant à Ambert, au lycée Blaise Pascal, vous avez « heurté » le fils d’un notable de la ville. Les mêmes témoignages évoquent une altercation avec vos supérieurs et une première procédure disciplinaire enclenchée à votre encontre à la suite de cet incident. Pouvez-vous me donner votre version de cet incident ? Confirmez-vous qu’une procédure disciplinaire a été enclenchée à votre encontre par la suite ?

Réponse : En 1955-56 j’enseignais, en qualité d’adjoint d’enseignement, le français et le latin au collège d’Ambert. Je préparais en même temps l’agrégation des lettres. Un jour, le maire du pays (responsable d’une fabrique de chapelets ?) avait fait irruption à mon domicile et, en présence de ma femme et de notre enfant, avait tempêté et promis qu’il porterait plainte parce que j’avais infligé à son fils une mauvaise note, indûment à son avis. Le fils en question était, lui, un gentil garçon, fort soumis. Il n’y avait pas eu de violence de ma part. Jamais, de ma vie, je n’ai porté la main sur un élève ou un étudiant. Je ne sais si le maire a tenté de mettre sa menace à exécution.

2) D’après d’autres témoignages, alors que vous enseigniez au lycée des Célestins [à Vichy], d’autres problèmes seraient survenus avec certaines de vos élèves. Que répondez-vous à ceux qui vous présentent comme un enseignant brillant et, en même temps, comme un homme exigeant et même parfois brutal vis-à-vis de certaines élèves, notamment des jeunes filles d’origine africaine ? Confirmez-vous avoir tenté de défenestrer une élève ? Est-t-il vrai que pendant cette période d’enseignement à Vichy, vous auriez reçu, à plusieurs reprises, des avertissements de la directrice de l’établissement et des autorités académiques ?

Réponse : Ma nomination au Lycée de jeunes filles de Vichy avait été le fruit du hasard. J’avais demandé un poste dans l’académie de Clermont (mon épouse est née en Auvergne) mais, à l’époque, aucun poste d’agrégé des lettres n’était disponible dans ladite académie, sinon à Vichy. Le lycée était dirigé par une brave femme avec laquelle j’entrais parfois en conflit en ma qualité de représentant syndical et à cause de nos conditions de travail dans des locaux inadaptés, ceux d’un ancien hôtel transformé pendant la guerre en un ensemble de bureaux du ministère de l’Intérieur et si mal aménagé en établissement d’enseignement que la séparation entre deux classes se réduisait parfois à une cloison coulissante de carton ondulé : un professeur faisant un cours de français pouvait entendre de l’autre côté de la cloison une collègue prodiguant une leçon de géographie et vice-versa. Et aucune cour de récréation ! Quoique n’appartenant pas à l’entité dite des « intellectuels de gauche », je militais au sein d’un syndicat de gauche, le Syndicat national de l’enseignement secondaire (SNES). Plus tard, à l’Université, j’appartiendrai au SNESup, qui, en 1978, m’exclura de facto et ex abrupto à cause de mon révisionnisme en matière d’histoire. Je prenais mon rôle de syndicaliste au sérieux. C’est grâce à mes interventions que notre lycée s’était enfin doté d’une cour de récréation aux dépens de la Compagnie fermière de Vichy, propriétaire du Parc des Célestins. Lorsque venait dans ma classe de français un inspecteur général, notre directrice ne manquait pas de lui tenir compagnie et de se montrer, je dois le dire, vraiment bon public. – Une simple tentative de défenestration et d’une seule élève ? Hum ! Pour ma part, bien des années après mon passage au lycée et alors que mon révisionnisme était partout dénoncé, j’ai appris que j’aurais bel et bien défenestré une ou plusieurs élèves, et cela à partir du deuxième ou du troisième étage du bâtiment. De ma vie je n’ai ni tenté de défenestrer ni effectivement défenestré qui que ce fût – Quant aux élèves africaines, je crains qu’il ne s’agisse là d’un anachronisme (« l’anachronisme est un signe du faux »). À l’époque, c’est-à-dire au début des années 1960, j’ai l’impression qu’aucune Africaine ne figurait parmi les élèves du Lycée des Célestins. Je peux me tromper mais, dans mes souvenirs de cette lointaine époque, je n’aperçois aucune enfant de « la superbe Afrique », pas un seul « oiseau des îles » ! – Les « autorités académiques » ? Des « avertissements » ? Je me souviens d’avoir été reçu au rectorat de Clermont au sujet de ma nomination au Lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand afin d’y occuper notamment un poste de professeur de première supérieure. Tout en continuant d’avoir ma demeure à Vichy (c’est le cas depuis 1957), je prenais le train pour Clermont et, plus tard, me transformant en « turbo-prof » pour Paris (d’abord à l’ancienne Sorbonne, puis à la Sorbonne Nouvelle-Paris III, et, enfin, à l’Université Lyon-II). Ces deux dernières universités étaient réputées de gauche mais je n’ai jamais accordé trop d’importance à ces réputations-là.

3) Vous reconnaissez-vous dans la description que font de vous des anciens élèves du lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand comme sujet à des accès de colère et prompt à humilier certains élèves ?

Réponse : Non. J’ai pu parfois manifester ma colère. Des élèves ont pu se sentir humiliés car j’ai le défaut d’être caustique. J’étais un professeur vivant, enjoué, autoritaire mais, n’ayant jamais eu à subir de chahut, je n’avais pas à élever la voix. J’intéressais mes élèves et je leur apprenais à apprendre. Mes rapports d’inspection en témoignent. Plus tard, à l’Université de la Sorbonne Nouvelle, Pierre Citron, directeur de notre UER, avait ainsi conclu son rapport : « Très brillant professeur – Chercheur très original – Personnalité exceptionnelle ». Quand la grande récréation de 1968 était survenue, j’avais été le seul professeur du Lycée Blaise-Pascal à conserver d’excellentes relations avec tous les élèves.

4) Que répondez-vous à ceux qui vous décrivent comme un activiste proche de l’OAS, voire comme un « pro-nazi » dans les années 60 ?

Réponse : Dès le lendemain de la guerre, j’avais déchanté. Français par mon père et britannique par ma mère (qui était Ecossaise), j’avais estimé « totally unfair » la façon dont les vainqueurs de l’Allemagne et du Japon (où j’avais vécu dans ma tendre enfance, à Kobé) avait traité les vaincus. Déjà, en août 1944, pour avoir vu à l’œuvre une certaine Résistance en Charente limousine, il m’était venu des doutes sur ma cause, celle des Alliés, une cause qui m’avait poussé en 1942, à l’âge de treize ans, au collège des jésuites de Marseille, à bêtement graver au couteau sur mon abattant de pupitre : « Mort à Laval ! ». Après la guerre, professant mon peu d’estime pour cette Résistance et mon indignation devant la mascarade du procès de Nuremberg, je me voyais par certains traité de « nazi ». À partir du début des années 1960 j’aggravais mon cas en montrant ma sollicitude pour un sympathisant de l’Algérie française, ancien doriotiste de surcroît, un homme d’une rare érudition littéraire. Je tournais en dérision ses généraux de l’OAS et j’avais cotisé au Comité Maurice Audin contre la torture en Algérie. Paradaient dans ce comité des juifs quelque peu voyants. « Cachez vos juifs », avais-je conseillé, et cela dans l’intention de montrer que les signataires étaient de toute provenance, confessionnelle ou autre.

5) Confirmez-vous vous être opposé au début des années 60 à un commissaire de police de Vichy qui procédait à l’enlèvement d’une plaque commémorative que l’« Association pour la Défense de la mémoire du Maréchal Pétain » avait apposée sur la porte de l’ancien Cabinet de travail de l’Hôtel du Parc ?

Réponse : Je vous le confirme. J’ai déjà, de moi-même, évoqué dans tous ses détails ce pittoresque épisode du commissaire de police avec son écharpe tricolore. Où ? Je ne saurais vous le préciser pour le moment car, de là où je vous écris dans l’urgence, je n’ai pas présentement accès à mes publications.

6) Claude Régent, journaliste au Matin, a affirmé dans son journal que vous auriez reçu au lycée Blaise Pascal (Clermont-Ferrand) un blâme à la suite de propos antisémites. Vous avez déjà démenti cette information. Le Matin a d’ailleurs été condamné pour diffamation à ce sujet. Pourtant, il semble tout de même qu’un inspecteur vous ait reproché l’interprétation d’un texte. Pouvez-vous m’en dire plus ?

Réponse : Je vous confirme que je n’ai pas tenu de propos de ce genre. Quant à l’inspecteur général venu de Paris, après le cours auquel il avait assisté, il m’avait, selon l’usage en vigueur, reçu pour un entretien préalable à la rédaction de son rapport. Ce jour-là, il avait débuté par force compliments en ce qui regardait les élèves dont la vivacité et le goût de la précision l’avaient surpris. Il avait hautement apprécié la manière dont s’était déroulée une « explication de texte » portant sur un charmant poème, une vraie vignette rhénane d’Apollinaire intitulée La Synagogue :

Ottomar Scholem et Abraham Loeweren
Coiffés de feutres verts le matin du sabbat
Vont à la synagogue en longeant le Rhin
Et les coteaux où les vignes rougissent là-bas.

Ce poème d’Alcools (poèmes des ivresses amoureuses) prenait fin sur une formule cabalistique transcrite en hébreu, dont une note nous donnait le sens en français, mais, poussé par la manie révisionniste d’aller à bonne source, j’étais allé vérifier ce sens à Vichy dans « la synagogue pleine de chapeaux ». Toutefois grande avait été la déception de l’inspecteur de voir que je n’avais pas saisi l’occasion que m’offrait ce poème pour évoquer devant mes élèves… l’extermination des juifs par le IIIe Reich ! Je lui avais rétorqué : « Supposons que je sois vertueux ; vais-je alors clamer que je le suis ? » Je lui laissais le temps de comprendre qu’à propos d’un poème datant de 1901 et racontant une amusante histoire de rivalité amoureuse entre deux juifs épris de « Lia aux yeux de brebis et dont le ventre avance un peu » (elle est enceinte mais duquel des deux ?) je n’avais pas cru devoir évoquer un événement sinistre des années 1940, et cela au risque de me faire trop aisément reluire avec ma belle âme soucieuse de former à son image d’autres belles âmes.

7) Des enseignants lyonnais affirment que vous faisiez passer un courrier aux organisations juives pour les prévenir de la date et l’heure de vos cours. Vous arriviez à l’université, accompagné d’un huissier. Ce dernier constatait, sur place, les réactions à votre encontre. Comment réagissez-vous à cette accusation ?

Réponse : Je ne pense pas avoir été assez naïf pour aller prévenir l’adversaire d’une date et d’une heure connues de tous. À partir de novembre 1978 une petite troupe de juifs, venue en train de Paris et retrouvant sur place des juifs lyonnais conduits par le docteur M. A. [Marc Aron], avait pris l’habitude de manifester contre moi, de m’empêcher de faire cours, de me prendre en chasse et, à l’occasion, de « gazer » le fort méchant révisionniste. Un jour, en leur présence, deux appariteurs me déclaraient qu’une réunion syndicale venait de se tenir à propos de mon « affaire » et que la conclusion en avait été : « Nous avons décidé que nous étions ici pour protéger les lieux et non les personnes ». Autrement dit : on pouvait à nouveau me frapper, les appariteurs de service n’interviendraient pas. Ces mots à peine entendus, j’avais pris la fuite et l’habituelle chasse à courre, une fois de plus, avait repris. Heureusement pour lui, le cerf avait une bonne pratique de la course et, pour une fois, il avait semé ses poursuivants jusqu’à se retrouver hors d’haleine sur un chantier proche de l’Université où un ouvrier casqué et d’origine arabe lui avait dit : « Qu’est-ce qu’il y a, camarade ? » Ce jour-là, j’avais eu la chance d’échapper à cette sorte d’hallali où personne ne tient à être vu en train de prendre le parti du cerf. Dans une autre circonstance, une seule, j’avais fait venir un huissier dont la présence avait intimidé les justiciers, lesquels allaient tout de même, à son nez et à sa barbe, empêcher les plus courageux de mes étudiants d’assister à ce qui allait être « mon dernier cours ».

8) Certains observateurs perçoivent dans la thèse d’Henri Roques un partage de travail entre vous et lui. À les en croire, vous seriez le rédacteur de cette thèse. H. Roques a attaqué les éditions du Seuil et Pierre Vidal-Naquet pour cette affirmation. Quel est votre point de vue sur cette controverse ?

Réponse : Ma sœur et moi, nous avons beaucoup aidé H. Roques dans la préparation de sa thèse qui portait sur les différentes versions étrangement contradictoires et uniformément absurdes de ce qu’on appelle « le Rapport Gerstein » mais je n’ai pas rédigé une seule ligne de sa remarquable thèse (que, par la suite, un ministre allait faire annuler pour vice de forme !). Au fait, vous oubliez de rappeler que P. Vidal-Naquet et, avec lui, les Éditions du Seuil ont été condamnés pour diffamation envers Henri Roques. En appel, P. Vidal-Naquet avait invoqué la loi Gayssot qu’il avait jusque là fait profession de condamner !

En conclusion, je crois devoir vous mettre en garde contre l’adage : « Il n’y a pas de fumée sans feu ». Trop souvent il ouvre la porte à la médisance, autorise les spéculations gratuites et permet l’insinuation, souvent pire que la franche accusation ; à la fois épée et bouclier du calomniateur, elle est l’arme du lâche.

Enfin, pour en terminer, la formule est fausse : vous l’aurez noté, un tas de fumier, lui aussi, dégage de la fumée, et même – n’est-ce pas ? – une fumée malodorante.

Au terme de ce petit interrogatoire, laissez-moi vous dire que vous n’auriez pas dû attendre d’avoir bouclé votre livre pour me soumettre ces questions à la toute dernière minute et pour me laisser à peine le temps d’y répondre.

Veuillez néanmoins, je vous prie, recevoir mes salutations distinguées.

Robert Faurisson

***

L’ensemble de ces huit questions, je le répète, nous donne une juste idée de la demoiselle et de son absence à la fois de travail, de méthode et de sérieux. Rien de bien méchant, au fond, sinon une forte tendance à la crédulité, une crédulité qui, au demeurant, ne saurait surprendre chez une « historienne » capable, encore en 2012, de croire à la magique chambre à gaz nazie (jamais vue, jamais décrite), à un ordre d’extermination des juifs (jamais trouvé, dixit François Furet, « malgré les recherches les plus érudites ») et au chiffre fantasmagorique de six millions de juifs exterminés par ces diables de nazis.

En revanche, la malheureuse s’est laissée aller à commettre, par ailleurs, tant et de si graves tricheries qu’on ne saurait lui pardonner un ouvrage qui, somme toute, comme on le verra, la déshonore.

(à suivre)

30 mars 2012