Lettre à Claude Malhuret, député-maire de Vichy

Monsieur,

Vous êtes, dit-on, candidat aux prochaines élections législatives.

J’aimerais savoir si, en cas de succès, vous réclamerez l’abrogation de l’article 24 bis de la loi du 29 juillet 1881 « sur la liberté de la presse » (sic)Cet article institue et réprime le délit de révisionnisme historique (loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990).

Le 21 juin 1991 M. Jacques Toubon, député RPR, a présenté un amendement réclamant cette abrogation (Journal Officiel, Débats parlementaires, 22 juin 1991, p. 3571-3573). Cet amendement a été repoussé par la majorité socialo-communiste. M. J. Toubon avait rappelé l’hostilité de Mme Simone Veil à la loi Fabius-Gayssot. Il avait qualifié cette loi de « stalinienne ». Or cette loi est plus que stalinienne. Jamais Staline n’a poussé le cynisme et l’effronterie jusqu’à décréter qu’un tribunal – un tribunal militaire ! – avait découvert et fixé pour l’éternité une « vérité » en matière d’histoire. Mêmes les juges-accusateurs de Nuremberg, pourtant si pleins d’arrogance, n’avaient pu s’imaginer qu’on les tiendrait un jour pour juges infaillibles, pour historiens infaillibles. Cette double infaillibilité allait pourtant être instituée en dogme, rétroactivement, quarante-quatre ans après, par M. Laurent Fabius (socialiste) et par M. Jean-Claude Gayssot (communiste).

Sur le fondement de cette loi crapuleuse, nous venons, mon éditeur et moi-même, d’être condamnés par la cour d’appel de Paris (présidée par dame Françoise Simon) à verser trois cent soixante-quatorze mille francs en raison d’une simple interview. Mieux : deux autres procès sont en cours pour le même délit. Mieux encore : le total des personnes déjà condamnées ou actuellement poursuivies au titre de cette loi s’élève aujourd’hui à… vingt-sept (professeurs, ingénieurs, historiens, étudiants, mécaniciens ou techniciens… ; Ce chiffre peut comprendre plusieurs poursuites contre une seule personne.).

28 janvier 1993

[Malgré un rappel en date du 21 février 1993, cette lettre est restée sans réponse.]