Paul Rassiner n’était donc pas antisémite

Nadine Fresco publie aux éditions du Seuil un livre de 800 pages intitulé Fabrication d’un antisémite. L’antisémite en question est Paul Rassinier (1906-1967), auteur du Mensonge d’Ulysse (1950) ainsi que d’autres ouvrages révisionnistes. Successivement mili­tant communiste, militant socialiste, résistant et déporté, P. Rassinier, interrogeant sa propre expérience des camps de concentration allemands et entreprenant une vaste enquête his­torique, avait fini, à partir de 1950, par mettre en doute la réalité du génocide des juifs, des chambres à gaz nazies et des six mil­lions de morts juifs.

Elle-même juive et chercheuse au CNRS, Mme Fresco en déduit que, si P. Rassinier était parvenu à de telles conclusions, ce ne pouvait être que par l’effet d’un incontestable antisémi­tisme.

On la voit dans le présent ouvrage partir à la recherche de preuves de cet antisémitisme. Ce qui l’intéresse essentiellement, ce ne sont ni le révisionnisme en général (qu’elle appelle « néga­tionnisme ») ni les écrits révisionnistes de P. Rassinier, les­quels ne commencent à paraître qu’en 1950, mais toute la période antérieure, celle qui va de la naissance de l’homme, en 1906, jusqu’à l’année 1949. Elle écrit :

Un négationniste est un antisémite. – Mais comment quelqu’un devient-il antisémite ? Cette biographie de P. Rassinier analyse la fabrication d’un antisémite en particulier […]. Rassinier avant Rassinier. L’antisémite avant le négationniste. L’homme avant l’antisémite (p. 69).

Or, de son enquête, N. Fresco revient totalement bredouille. Elle n’a, en fait, trouvé «Pas un seul petit morceau / De mouche ou de vermisseau» antisémite à se mettre sous la dent.

Son gros livre n’offre peut-être un vague intérêt que pour l’étude, en France, dans la première moitié de ce siècle, du communisme, du socialisme et des mouvements anarchistes, libertaires ou pacifistes.

Si une chercheuse de notre Centre national de la recherche scientifique, animée de la fièvre de pourchasser la bête im­monde, ne découvre en fin de compte pas la moindre trace ni le moindre indice d’antisémitisme chez celui qu’elle appelle « le père fondateur » du révisionnisme, c’est tout bonnement que Rassinier n’était pas antisémite.

C’est aussi la preuve que, contrairement au postulat de notre chercheuse, on peut être révisionniste sans être antisémite.

Cette Fabrication d’un antisémite porte bien son titre : l’anti­sémite qu’on nous y présente est un produit de pure fabri­cation. Cela tient du fagotage de thèse universitaire, jusqu’aux pages finales de « remerciements » où l’impétrante flagorne nom­mément près de 230 personnes. Parmi ces dernières, le sérail universitaire relèvera les noms de quelques heureux élus qui ont successivement touché le cœur de notre tendre chercheuse et lui ont accordé leur protection. L’élu du jour, on ne nous le cache pas, porte le nom de Roger-Pol Droit, chroniqueur quelque peu brumeux du journal Le Monde. Le 12 février Michel Contat a publié dans ce quotidien un compte rendu où il résume le « gros ouvrage » de N. Fresco et suggère que l’auteur aurait pu tout aussi bien « utiliser le roman et la psychanalyse existentielle » !

Quant à la section intitulée « Indications bibliographiques sur le négationnisme » (p. 765-767), elle ne comporte pas moins de trente-trois entrées qui présentent exclusivement des publications anti­révisionnistes.[1] On pourra y constater que l’antirévisionnisme ne vaut pas cher et rapporte gros, surtout dans l’université fran­çaise.[2]  

19 février 1999

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[1] Parmi ces publications on relève, de la même N. Fresco, une étude pa­rue en 1980 dans Les Temps modernes. Robert Faurisson y était nommé environ cent-cinquante fois. La direction de la revue lui refusa tout droit de réponse.
[2] La dernière publication mentionnée est une thèse de doctorat d’État de 978 pages, soutenue en 1998 à l’Institut d’études politiques de Paris : L’Histoire d’une négation. Négationnisme et « révisionnisme » en France de l’après-guerre à nos jours. Pour le coup, c’est la loi Fabius-Gayssot qui interdit cette fois-ci à tout révisionniste l’exercice du droit de réponse.