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Lettre en droit de réponse à M. le directeur responsable du Monde

Monsieur le directeur, 
 

En particulier depuis le 16 septembre 1989, date de la tentative d’assassinat dont j’ai été la victime, vous m’avez à de nombreuses reprises nommé, désigné, mis en cause dans votre journal, notamment sous la signature de M. Laurent Greilsamer dont les comptes rendus sont injurieux, diffamatoires, malhonnêtes et entachés des erreurs les plus graves. 

Avec une patience que je regrette aujourd’hui, j’ai laissé dire et laissé faire, y compris quand ce personnage glissait dans son compte rendu de la tentative d’assassinat que j’étais un homme « avide à dollars ». J’ai évité de vous importuner par des mises au point en forme de droits de réponse. Mal m’en a pris : M. Greilsamer s’est enhardi et ses comptes rendus de mon récent procès sont odieux et mensongers ; ils minimisent la gravité des peines qui me frappent et ils dissimulent ce qui, dans le jugement prononcé, vient spectaculairement à ma décharge, si spectaculairement que L’Humanité du 19 avril (p. 12) s’indigne des propos du tribunal tels qu’ils ont été rapportés – avec exactitude et probité – par la dépêche de l’AFP du 18 avril. 

Vous voudrez bien, je vous prie, trouver ci-joint un texte en droit de réponse à votre article du 3 mai (p. 9) : « Le défi d’un rescapé des camps nazis aux négateurs du génocide » ; mon texte se trouve en même temps répondre, d’ailleurs, à un autre article du 20 avril (p. 12) : « Pour “contestation de crimes contre l’humanité”, M. Robert Faurisson est condamné à 100.000 F d’amende avec sursis. » 

Je vous demande de reproduire mon texte en droit de réponse dans les stricts délais et dans les formes prévues par la loi. 

Veuillez recevoir, Monsieur le directeur, mes salutations distinguées.




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Texte en droit de réponse
 
Votre nouvel article sur mon procès (Le Monde3 mai) contient, comme votre précédent article (Le Monde20 avril), des erreurs et des omissions.
 
J’avais apporté au tribunal les quarante et un volumes de l’édition française des débats et documents du procès de Nuremberg. À mes accusateurs (onze associations et le ministère public), j’avais demandé d’extraire de ces vingt-cinq mille pages une seule preuve de l’existence de ce que j’appelais « cette magique chambre à gaz hitlérienne, héritière des chambres à gaz bulgares de la première guerre mondiale, qu’on ne peut ni définir, ni décrire, ni dessiner et qu’on ne nous montre jamais vraiment à la télévision, tant ladite chambre à gaz, si on y réfléchit, constitue un défi, par ses prouesses, aux lois de la physique et de la chimie. » Incapables de répondre à ma demande, mes accusateurs m’avaient, le lendemain, traité d’antisémite.
 
J’avais signalé l’absence de toute expertise de l’arme du crime concluant à l’usage de cette arme. J’avais dit qu’il serait temps de parler honnêtement, sans les dissimuler, de trois récents rapports techniques, accompagnés d’analyses chimiques, sur ces présumées chambres à gaz. Deux de ces rapports (1988 et 1989) émanent de l’Américain Fred Leuchter tandis que le troisième (1990) est une expertise – enfin – que le musée d’Auschwitz avait commandée à l’Institut médico-légal de Cracovie. Ces trois rapports, ai-je dit, sont éclairants et devraient inciter à la création, réclamée par Fred Leuchter et les révisionnistes, d’une commission internationale d’enquête sur le sujet des chambres à gaz hitlériennes « en l’état d’origine » ou « à l’état de ruines » (des ruines sont parlantes).
 
M. Bulawko, lui, me réplique par une plaisanterie éculée : que M. Faurisson et ses adeptes fassent l’expérience d’entrer dans une chambre à gaz et d’en ressortir indemnes ! Il y a maldonne. M. Bulawko inverse la charge de la preuve et renverse les rôles. Ce n’est certainement pas moi, mais M. Bulawko, qui pense témérairement qu’il était possible, comme il l’écrit, « de gazer les juifs et d’aérer rapidement les chambres à gaz pour faire de la place aux convois qui se succédaient ». Les révisionnistes ont cent fois parlé de la dangerosité du gaz en général et du gaz cyanhydrique ou Zyklon B en particulier (le Zyklon B si long et si difficile à ventiler «vu qu’il adhère fortement aux surfaces»).
 
Vous dites encore une fois que j’ai été condamné à cent mille francs d’amende avec sursis. Vous omettez d’ajouter que je dois également verser cent cinquante mille francs pour raisons diverses (dommages-intérêts, etc.) ; l’éditeur de mon interview a été, pour sa part, condamné à verser cent quatre-vingt mille francs. C’est ce qu’il en coûte de tenir ce que le tribunal veut bien appeler «un discours logique et cohérent» qui tombe sous le coup d’une nouvelle loi apportant, dit encore le tribunal, une «limite nouvelle à la liberté d’opinion et d’expression». Ce même tribunal déclare pourtant : « Des critiques peuvent, à juste titre, être développées concernant l’organisation, la structure et le fonctionnement du tribunal militaire international de Nuremberg, tant sur le plan juridique qu’historique ou philosophique » !
4 mai 1991
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[Texte en droit de réponse refusé par Le Monde. – NdÉ]