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Les retombées politico-financières du “génocide” des juifs

Nahum Goldmann est le président honoraire du Congrès juif mondial. Il a été le négociateur, auprès du chancelier Adenauer, des réparations allemandes. Il a publié Le Paradoxe juif. De ce livre, Le Nouvel Observateur (n° 624, 23-29 octobre 1976) a publié les bonnes pages, sous le titre de : « Nahum Goldmann : au nom d’Israël ». [NdA]
 
Légende de la photo, p. 120 : « Peu de gens savent que l’Allemagne continue de payer des réparations à Israël. »
 
Ces réparations constituent une innovation extraordinaire en matière de droit international… C’est Jacob Robinson qui eut cette idée extravagante et sensationnelle… [Après le procès de Nuremberg, en 1946] plusieurs leaders juifs ont alors tenté d’établir des relations avec Adenauer mais leurs propositions étaient souvent ridicules. Une organisation lui suggéra de payer vingt millions de deutsche marks ; or, au terme des accords que j’ai obtenus, ce sont quatre-vingts milliards de deutsche marks que les Allemands devront verser au total !… Sans les réparations allemandes, qui ont commencé à intervenir au cours des dix premières années d’existence de l’État, Israël n’aurait pas la moitié de son infrastructure actuelle : tous les trains en Israël sont allemands, les bateaux sont allemands, ainsi que l’électricité, une grande part de l’industrie… sans même parler des pensions individuelles versées aux survivants. Aujourd’hui, Israël reçoit encore, annuellement, des centaines de millions de dollars en monnaie allemande. [Pinhas Sapir a dit :] « Goldmann a apporté à Israël huit milliards de dollars. »… Certaines années, les sommes d’argent qu’Israël recevait de l’Allemagne dépassaient le montant des collectes du judaïsme international – les multipliant parfois par deux ou par trois. Aujourd’hui, plus personne n’est contre ce principe ; même certains membres du Herout perçoivent les réparations… «Monsieur le chancelier, dis-je à Adenauer, ce moment est historique. D’ordinaire, je n’aime pas les grands mots mais l’instant où le représentant du peuple juif rencontre le leader de la nation allemande qui a massacré six millions de juifs est forcément historique, et je vais vous expliquer pourquoi… » Je lui dis pour terminer : «Monsieur le chancelier, je ne jouerai pas les diplomates car notre problème n’est pas un problème de diplomatie mais de moralité. Si vous décidez de traiter, vous vous engagez à un devoir moral. Si vous décidez d’aborder le débat en diplomate, il vaut mieux que nous ne nous revoyions plus. Les Israéliens demandent un milliard de dollars et j’ai demandé que cette somme soit considérée comme une base de départ. M. Blankenhorn [Allemand] m’a dit que, d’après votre constitution, c’était tout à fait impossible. Je lui ai répondu que je ne pouvais pas attendre parce que le peuple juif est dans une grande effervescence et que sa majorité s’oppose à toute négociation susceptible de laver l’Allemagne de ses crimes. Mais maintenant que j’ai fait votre connaissance, je crois ressentir que vous avez une personnalité assez forte pour oublier un instant les rigueurs de votre constitution – quand il s’agit d’un tel sujet. »… Je dictai la lettre, à laquelle Adenauer apporta une seule modification ; j’avais écrit que le milliard de dollars serait « die Basis », la base, et il remplaça ce mot par « Grundlage », le fondement – ce qui revenait au même… Aucun autre homme d’État n’aurait osé faire cela. Après cette signature, il eut de grandes difficultés avec son cabinet qui lui reprocha de s’être conduit en dictateur, d’avoir promis ce milliard de dollars sans avoir recueilli l’avis de personne. Mais c’était Adenauer, un véritable leader, et tout le monde finit par s’incliner. C’est souvent ainsi qu’il faut conduire une démocratie… L’Allemagne a versé à ce jour soixante milliards de marks et le total lui reviendra à quatre-vingts milliards – soit de dix à quatorze fois plus que ce que nous avions [nous juifs et Allemands] calculé à l’époque… On ne saurait donc reprocher aux Allemands d’avoir été mesquins et de n’avoir pas tenu leurs promesses… [Les Allemands demandent aux juifs six mois de patience moyennant une avance de deux ou trois cents millions de marks] « Je regrette, mais c’est impossible », répondis-je. «Il s’agit en effet d’un problème émotionnel. Le peuple juif est agité jusqu’au fond de son âme.» [Rendant compte de ses tractations à Ben Gourion qui, lui, se contenterait de trois cents millions de dollars parce qu’il a un urgent besoin d’argent] Je lui répondis qu’à moins de cinq cents millions de dollars [venant des Allemands] je n’accepterais aucun arrangement mais que j’espérais obtenir entre six et sept cents. J’obtins finalement trois milliards de marks, soit huit cent-vingt-trois millions de dollars : partant d’une base d’un milliard, recueillir 82 % n’était pas une mauvaise opération… [Ben Gourion à Nahum Goldmann :] «Nous avons connu de terribles défaites ; six millions de juifs ont été exterminés. Mais nous avons aussi remporté deux immenses succès historiques : la création de l’État d’Israël et les réparations obtenues de l’Allemagne». 
 
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Nahum Goldmann dit en passant qu’il ne descend que dans des hôtels de grand luxe. Il dit souvent que le peuple juif est très riche. Il déclare : « La vie juive est composée de deux éléments : ramasser de l’argent et protester[1]. » 
 
L’éditorialiste du quotidien israélien Maariv du 9 novembre 1971, à propos d’étudiants juifs voulant empêcher la semaine culturelle allemande, écrit : « Je propose aux étudiants de l’université hébraïque […] de calculer le montant des marks qui déferlent sur Israël […] et leur permettent de poursuivre leurs études[2]. »
 
N.B. À ces réparations versées à l’État d’Israël qui n’avait pas d’existence au temps du IIIe Reich et à ces confiscations, s’ajoute le principal, c’est-à-dire les indemnités versées par l’Allemagne de l’Ouest aux victimes juives ou non juives, vivants ou ayants droit, personnes privées ou morales. Sur ce point, sur les différentes catégories de victimes (par exemple, les juifs de Shanghai obtenant d’être classés «juifs de ghetto»), sur les faux dossiers, sur les trafics financiers, voy. pour commencer le livre du juif américain Raul Hilberg, The Destruction of the European Jews1961, p. 738 à 759. 
 
Sur le formidable discrédit moral qui s’attache au peuple allemand du fait du génocide, reportez-vous aux médias habituels., voy., notamment, le «docu-drame» Holocaust.
 
23 mai 1978
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[1] N. Goldmann, Le Paradoxe juif, Stock, Paris 1976, p. 67.
[2] D’après Inge Deutschkronn dans Bonn et Jérusalem, Denoël, Paris 1973, p. 453. Ce livre, écrit par une juive américaine, apporte d’intéressantes confirmations sur les confiscations de biens allemands au profit exclusif d’organisations juives dès le début de l’occupation de l’Allemagne ; voy., notamment, p. 59.