Grave erreur de Robert Fisk sur le Journal de Victor Klemperer

Robert Fisk est ce journaliste de l’Independent de Londres qui s’est signalé par de nombreux reportages sur la situation actuelle des Palestiniens, qu’il décrit courageusement en victimes de l’invasion et de l’occupation de leur pays par l’Armée juive. Sa hardiesse lui a valu des ennemis. Est-ce pour désarmer ces ennemis-là que, de temps à autre, il prend bruyamment fait et cause pour la religion de «l’Holocauste des juifs» et part en guerre contre les révisionnistes ?

Le 1er avril 2006 il vient encore de signer un article intitulé : « Une leçon de l’Holocauste pour tous. Un compte rendu à vous emplir de rage à la pensée qu’on puisse nier la réalité du génocide juif. »

Le « compte rendu » en question est le livre qu’on a tiré du témoignage du juif allemand Victor Klemperer sur la période allant de 1933 à 1945. V. Klemperer (1881-1960) était le cousin du chef d’orchestre Otto Klemperer. Il a vécu à Dresde jusqu’à l’atroce bombardement de février 1945, puis en Allemagne occidentale. Après la guerre, il a regagné Dresde où il a repris son enseignement des langues romanes et il s’est inscrit au Parti communiste, peut-être par opportunisme ou nécessité. En matière de convictions politiques, comme beaucoup de juifs de son époque, il récusait le sionisme et tenait Hitler pour un promoteur de cette idéologie juive. Ce qu’on a publié des 5 000 pages de ses carnets, malheureusement avec de nombreuses coupures, est passionnant. À vrai dire, son témoignage est comme une pierre dans le jardin de ceux qui cultivent soigneusement le mythe de «l’Holocauste». Aussi est-on surpris que R. Fisk ait pu voir dans ce témoignage comme une preuve dudit « Holocauste ».

R. Fisk décrit V. Klemperer sous les traits d’un homme « infiniment héroïque » et en butte à la cruauté de la Gestapo de Dresde. Or, V. Klemperer n’a jamais fait montre d’héroïsme. Si, en 1941, il a passé 192 heures dans une cellule de la prison de la préfecture de police de Dresde, c’est seulement pour… n’avoir pas respecté le black-out ordonné par la défense passive ! En outre, d’après ses propres dires, le personnel de la prison s’est, dans son ensemble, montré aimable à son égard, poli et bon enfant et, comme le prisonnier se plaignait de s’ennuyer, on lui avait fourni, sur sa demande, crayon et papier. Rentré chez lui, à la « Maison des juifs » de Dresde, V. Klemperer avait été, dit-il, « fêté un peu comme une sorte de martyr ». Jusqu’au bout l’Etat national-socialiste a continué de lui verser sa pension de professeur d’université. R. Fisk évoque la « compassion » de son héros en une certaine circonstance pour trois soldats allemands perdus en forêt vers la fin de la guerre. Or, s’il est des traits qui frappent à la lecture de son journal, c’est, au contraire, l’égocentrisme de V. Klemperer, son judéocentrisme, sa dureté parfois, son désir de vengeance contre les ennemis des juifs et son dégoût de voir le peuple allemand décidé à se battre jusqu’au bout, même après le bombardement de Dresde. Pourtant il est bien obligé d’admettre que, dans son ensemble, la population allemande se montre capable de prévenance à l’égard du porteur d’étoile et multiplie les attentions les plus touchantes. À telle enseigne que ses mémoires, parus en 1995 (en allemand), en 1998 (en anglais) et en 2000 (en français), infligent un démenti à la thèse soutenue par Daniel Jonah Goldhagen dans Hitler’s Willing Executioners. Ordinary Germans and the Holocaust (1996) sur le caractère intrinsèquement pervers et antijuif du peuple allemand. Même Martin Chalmers, qui préface l’édition anglaise du livre de V. Klemperer, s’en permet la remarque. V. Klemperer écrit : « Il ne fait pas de doute que le peuple [allemand] ressent la persécution des juifs comme un péché » (« Fraglos empfindet das Volk die Judenverfolgung als Sünde », note du 4 octobre 1941). Il rapporte en ce sens une abondance d’anecdotes ou de « petits faits vrais » de la vie quotidienne d’un juif en pleine Allemagne hitlérienne.

En ce qui concerne le « génocide des juifs », R. Fisk nous présente comme une vérité établie « le meurtre de six millions de juifs » (« Six Million murdered Jews »). À propos d’Auschwitz, il précise que V. Klemperer en a entendu parler dès mars 1942 «bien qu’il n’ait pas su l’échelle de ces meurtres de masse avant les derniers mois de la guerre ». En réalité, V. Klemperer a, comme beaucoup, recueilli des rumeurs sur Auschwitz à différents moments de la guerre mais c’est seulement après la fin du conflit et sous l’occupation soviétique qu’un certain « Docteur Kussy » lui rapportera « des choses effrayantes d’Auschwitz » et, notamment, les gazages de « tous les gens sans force » et de « tous les porteurs de lunettes » (note du 24 septembre 1945 ; la version anglaise ne va pas au-delà de juin 1945). En matière de «gazages», V. Klemperer n’avait, pendant la guerre, noté que la remarque suivante : « On dit que [les juifs] sont gazés dans des wagons à bestiaux pendant le transport, que le wagon s’arrête pendant le trajet près de fosses communes creusées à l’avance» (note du 27 février 1943), ce qui n’était qu’une invention parmi tant d’autres de la propagande de guerre en provenance des milieux hostiles à l’Allemagne.

Aucun révisionniste ne conteste que de multiples épreuves ont été infligées aux juifs par l’Allemagne nationale-socialiste et ses alliés. Ces épreuves se sont aggravées avec l’aggravation même du conflit. Mais puisque « juger, c’est comparer », il importe de comparer les mesures prises contre les juifs avec celles que les Alliés, pendant et après la guerre, ont infligées à leurs adversaires, à leurs prisonniers, aux populations civiles, aux minorités qu’ils jugeaient hostiles ou dangereuses. De ce point de vue, le bilan reste à établir. De toute façon, le sort de V. Klemperer a été enviable par rapport à ce que des dizaines de millions de civils et de militaires des deux camps ont eu à subir, au moins de 1939 à 1950.

R. Fisk a voulu nous dire sa foi en « l’Holocauste » et, pour cela, il a choisi d’invoquer le témoignage de V. Klemperer. Ce faisant, il a commis une grave erreur historique, car le journal tenu par le juif allemand V. Klemperer durant toute l’époque nazie prouve à l’évidence que jamais le IIIe Reich n’a suivi une politique d’extermination des juifs. Les nationaux-socialistes ont traité les juifs d’abord en minorité indésirable, puis en groupe hostile et dangereux en temps de guerre. Ils ont envisagé une «solution finale territoriale de la question juive». Ils n’ont cessé de proposer aux Alliés de leur céder tous leurs propres juifs. La guerre venant, ils ont multiplié les mesures de police, de sûreté, d’interdiction ou de confiscation. Ils ont mis beaucoup de juifs au travail forcé. Ils en ont déporté d’autres et les ont internés dans des camps de concentration. D’autres juifs encore ont été en quelque sorte traités comme des prisonniers en liberté surveillée. Tel a été le cas de V. Klemperer, qui pouvait aller et venir, dans et autour de Dresde, au milieu de la population allemande, mais seulement dans les strictes conditions édictées par la réglementation en vigueur.

En 2002, à Los Angeles, lors d’un congrès de l’Institute for Historical Review, j’avais eu à prononcer une conférence sur la répression exercée par les autorités, notamment militaires, du IIIe Reich, dans les cas de crimes commis contre les juifs. Lors de cette conférence, j’avais aussi évoqué, en passant, le journal de V. Klemperer. Ayant eu vent de l’affaire, R. Fisk avait vivement protesté contre ce qui lui paraissait une invention de ma part et je me souviens d’avoir eu à me justifier. Aujourd’hui, je constate qu’il a voulu nous montrer qu’il avait lu le journal de V. Klemperer. Je crains qu’il ne l’ait hâtivement parcouru et je l’invite donc à en relire de près l’intégralité, soit dans la version allemande en huit petits volumes et 1 800 pages (Aufbau Taschenbuch, Berlin 1999), soit dans la version anglaise en deux gros volumes et 1 120 pages (Weidenfeld & Nicolson Paperback, Londres 1998). Il en apprendra beaucoup sur le mythe de « l’Holocauste » et sur les révisionnistes, le président Ahmadinejad compris, auquel, dans son article, il s’en est pris si vertement et tout à fait à tort.

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Pour la seule période du 12 septembre 1931 au 17 juillet 1945 le tapuscrit des notes prises par Victor Klemperer comporterait 5 000 pages (Bibliothèque régionale de Saxe, à Dresde).

Édition allemande : Tagebücher, herausgegeben von Walter Nowojski unter Mitarbeit von Hadwig Klemperer, Aufbau-Verlag, Berlin 1995. Édition consultée : en 8 volumes (1 800 pages) du livre de poche ATV, 1999, qui couvrent la période du 14 juin 1933 au 10 juin 1945.

Édition en anglais : A Diary of the Nazi Years, translated by Martin Chalmers, Weidenfeld & Nicolson, London & Random House, New York 1998. Édition consultée : en 2 volumes (1 120 pages en petit caractère), The Modern Library, New York 1999, qui couvrent la même période que l’édition allemande.

Édition en français : Journal, traduit par Ghislain Riccardi, Seuil 2000. En 2 volumes (1 851 pages) qui couvrent la même période que les éditions susmentionnées ainsi que la période du 17 juin au 31 décembre 1945, sans compter, en annexe, une lettre du 6 janvier 1947. Traduit par Michèle Küntz-Tailleur et Jean Tailleur, ce supplément est intéressant par l’éclairage qu’il apporte à la fois sur la période en question et sur l’auteur.

6 avril 2006