Jean-Marie Le Pen : “Je comprends parfaitement l’État d’Israël”

À la veille du premier tour de l’élection présidentielle, qui a eu lieu le 21 avril, Jean-Marie Le Pen a accordé un entretien à Adar Primor, journaliste de Ha’aretz, quotidien israélien (« Le Pen ultimate », 22 avril 2002). À la date du 26 avril, cet entretien ne semble avoir été mentionné par aucun organe de la presse française.

De ce long entretien, on peut retenir que le dirigeant du Front national aurait fait les réflexions suivantes (ici traduites de l’anglais) :

– Il n’y a pas d’antisémitisme en France. On a raison de penser, avec la plupart des Français, que les actuelles manifestations d’antisémitisme sont un produit d’importation du conflit moyen-oriental. « Je ne connais pas une personne au Front national qui ait commis même le plus petit acte d’hostilité contre une personne juive ou contre un bien juif ». « À mon avis, le peuple français éprouve au fond de la sympathie pour Israël » (basic popular sympathy for Israel) tandis que les médias et l’intelligentsia sont pro-arabes ; ceux-ci s’en prennent à Sharon notamment parce qu’il est un homme de droite ; si la politique de Sharon était le fait d’un gouvernement de gauche, il en irait autrement ; il y a en France une forte pression arabe et islamique ;

– « Je comprends parfaitement (completely) l’Etat d’Israël, qui cherche à défendre ses citoyens». « Pour être honnête, je ne voudrais pas être à la place de M. Sharon – et encore moins à la place de M. Arafat (rire). C’est une situation terrible. Même s’ils sont soutenus par l’Ouest, les Israéliens ne sont que quelques millions face à un milliard de musulmans [heureusement divisés] » ; l’histoire dira si Sharon a eu raison ou tort ;

– Pour combattre le terrorisme, il faut bien des « interrogatoires musclés » (tough interrogations) comme ceux que pratiquent les Israéliens ; le devoir d’un soldat est de combattre ; les soldats israéliens n’ont pas à se dérober ;

– Israël a eu, bien sûr, raison de détruire autrefois le réacteur nucléaire irakien. Il s’agissait là d’un acte préventif qui n’était pas conforme à la loi internationale mais, en pareille circonstance, il n’y a pas lieu de se plier à une telle loi. Si, actuellement, les États-Unis veulent s’en prendre à l’Irak, c’est pour de simples raisons matérielles ;

– Chirac n’avait pas le droit de déclarer, le 16 juillet 1995, la France coupable de ce qui, pendant la guerre, a été commis dans notre pays contre les juifs ; la France, pays occupé, «n’a pas été responsable de cette politique criminelle» ; Chirac a fait cette déclaration pour gagner la sympathie de certains cercles juifs;

– La Révolution française : « Une sanglante calamité pour le peuple français. Cette révolution a enfanté deux affreux bâtards : le nazisme et le communisme»;

– Toute opinion politique doit pouvoir s’exprimer. Laissons s’exprimer les partisans de Hitler, de Staline, de Trotski ainsi que les Islamistes et combattons-les par la parole ; en revanche, ils n’ont pas le droit de passer à l’acte et de pratiquer le terrorisme ;

– Auschwitz : « Un camp de concentration qui symbolise la persécution des juifs»;

– Les chambres à gaz : « Une méthode d’extermination qui est aussi devenue un symbole de cette persécution » ;

– L’État d’Israël : « L’extraordinaire défi, dans l’histoire mondiale, d’un peuple qui essaie de reconquérir sa patrie » (reconquer its homeland) ;

– Le sionisme : « Un mouvement qui, d’une aspiration persistante du peuple juif en exil, a fait une théorie pratique, qu’il a réalisée » ;

– Schonhüber : un ancien de la SS combattante mais « sa première femme était juive ; il n’était donc pas antisémite » ;

– Margaret Thatcher : « Je l’admire beaucoup. “Un vrai homme”, comme Golda Meir ».

 

NB : On aura noté la réflexion sur Schonhüber, qui n’est pas antisémite puisqu’il a épousé une juive. J.-M. Le Pen a épousé en secondes noces une femme d’origine juive. D’autres candidats à l’élection présidentielle ont également des épouses ou compagnes d’origine juive : Bruno Mégret, Jean-Pierre Chevènement, Lionel Jospin, Robert Hue et Olivier Besancenot. Corinne Lepage et Daniel Glückstein sont juifs. Noël Mamère aussi, probablement.

26 avril 2002