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Émile Brami : Histoire de la poupée

On nous le dit : « Né en 1950 à Souk-el-Arba (Tunisie), Émile Brami est libraire à Paris. Histoire de la poupée est son premier roman » (Éditions Écriture, 2000, 187 p.). 

Le héros du roman raconte son initiation au déduit par une certaine Maria qui, des années auparavant, dans un camp de concentration en lequel on reconnaît Auschwitz, avait officié au bordel du camp en qualité de prostituée. Un jour, à cette Maria, il était arrivé de tenter une copulation avec un cadavre : « Elle prit dans sa bouche et suça longtemps le sexe recroquevillé » (p. 119-120).

Le lendemain de son initiation, le jeune et « laid » garçon se retrouve avec Maria sur une plage. La femme lui confie une « moche » poupée qu’elle possédait au camp et, entrant dans l’eau, elle disparaît pour toujours dans la mer tunisienne.

Le héros, qui se dit juif et très malheureux, tient cependant à préciser :

[…] pas un membre de ma famille, aucun de nos proches, n’a eu à souffrir des persécutions hitlériennes. Mes parents vivaient à l’ouest de la Tunisie, dans un village proche de la frontière algérienne, ils ne virent pas un Allemand de toute la guerre. Quant à moi, je suis né en 1954. Je ne suis pas plus concerné par la tragédie de la déportation que n’importe quel être humain… ce qui est déjà beaucoup (p. 32-33).

À la fin du roman, une autre confidence nous est faite. Le héros ne s’entend pas trop avec son père, qui lui déclare :

Il faut que je te dise… je n’ai jamais compris cette manie que tu as de mentir tout le temps. Je ne t’ai pas élevé comme ça. On croirait que mentir est devenu une nécessité chez toi… (p. 184)

Voilà bien d’un père qui ne comprend pas son fils car si, effectivement, ce dernier a l’air d’un menteur ou d’un mythomane, c’est pour la bonne cause, celle de la Shoah, c’est-à-dire « la destruction méticuleusement voulue et scientifiquement organisée de millions d’êtres humains » (p. 22). Il nous le précise:

La Shoah […] dépasse de beaucoup les limites étroites, quoi qu’on pense, de l’imagination. – S’il ne s’agissait que de raconter, les survivants ont déjà tout dit, à chaud, avec de pauvres mots, des mots simples que transcendait cet incroyable calvaire qu’ils ont vécu comme des lapins aveugles, des chats décérébrés (ibid.).

Et puis, tout est juste provende à qui veut dénoncer les révisionnistes, « ces rats de l’Histoire qui chicanent sur le moindre détail, ergotent autour de la plus minuscule contradiction » (ibid.)On ne le connaît que trop, ce « travail de vieilles taupes des falsificateurs » (p. 24).

Sous le signe du « Shoah Business »

Le héros estime Primo Levi mais il ne l’envie pas puisque l’auteur de Si c’est un homme finit, semble-t-il, par se suicider ; en revanche, il admire et envie Art Spiegelman, le créateur de la bande dessinée Mausqui, lui, eut un sort beaucoup plus enviable puisqu’il édifia une fortune. Ce dernier, il faut en convenir, « n’évita ni l’afflux de dollars, ni une gloire fondée sur le martyre de ses parents », qui étaient des survivants de la Shoah :

Spiegelman, par un jeu de mots terrible, transforma le vieil adage du spectacle : « There’s no business like show business » […] en : « There’s no business like Shoah business » (p. 32).

É. Brami, ou son héros, aspire à faire sienne cette maxime. Il caresse le rêve de devenir riche et connu comme Spiegelman. Ce ne sera après tout, pense-t-il, qu’une question « de force, de cynisme, de fausse vulgarité » (ibid.).

L’ouvrage, à mes yeux, mérite une invitation à la télévision chez Bernard Pivot et, peut-être, le Prix du premier roman à défaut du Prix Fémina.

12 septembre 2000

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Paru dans Rivarol le 13 octobre 2000, p. 10, sous le titre : «Mentir est-il devenu une nécessité?», amputé d’un fragment. Republié, complet, dans Études révisionnistes, volume I, 2001, p. 114-116.