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Un romancier du KGB : l’historien Gerald Fleming

Gerald Fleming, chargé d’enseignement émérite en allemand à l’université du Surrey (Grande-Bretagne) est, si j’ose dire, un romancier du KGB. Il est plus un romancier qu’un historien. Les autorités soviétiques et les publications soviétiques l’estimaient. Encore récemment, après l’effondrement de l’Union soviétique, il continuait de rendre hommage au talent exceptionnel de l’Armée Rouge quand il s’agissait d’interroger les prisonniers allemands et de leur extorquer les confessions désirées, que l’Armée américaine, elle, avait été incapable d’obtenir. 
 
En septembre 1984, dans un compte rendu de son livre Hitler and the Final Solution, un journaliste pourtant complaisant devait admettre : « Son style parfois flamboyant et la composition de son livre à la manière d’un roman à suspense agacera certains historiens[1]. »
 
Selon l’un de ses coreligionnaires juifs, « son livre a reçu un accueil favorable dans des publications de Riga et de Moscou et il pensait, dit-il, que les autorités soviétiques lui accorderaient la permission d’examiner les archives de l’Armée Rouge[2]. »
 
Hitler and the Final Solution est la traduction de son Hitler und die Endlösung. Le livre était censé répondre au défi de David Irving qui réclamait un document, un seul document, montrant que Hitler avait connaissance avant la fin de 1943 d’une extermination des juifs. G. Fleming se révéla, bien sûr, incapable de fournir un tel document. Il aurait donc dû s’abstenir de présenter son livre comme une réponse à cette question et il aurait dû éviter d’écrire que la thèse de D. Irving (selon laquelle il n’avait pas existé d’ordre de Hitler de liquider les juifs d’Europe) se réduisait à « eine Fiktion »[3].
 
Il était absurde de consacrer un livre à l’existence d’un document qu’on ne pouvait ni trouver, ni montrer. Mais G. Fleming eut l’idée qu’il pouvait fournir un autre document, peut-être aussi sensationnel, un document prouvant que les Nazis avaient eu un programme d’extermination des juifs. C’est ainsi qu’il osa publier A Resettlement Action Report (Rapport d’une opération de transfèrement) aujourd’hui à peu près oublié mais qui fut révélé à l’époque (1982) comme une découverte extraordinaire. Il s’agissait d’un faux. Même un profane, non intoxiqué par la propagande holocaustique, aurait pu noter au premier abord que ce prétendu rapport, dépourvu de date et de signature, était plein de détails aberrants sur Auschwitz.
 
Les personnes intéressées par le sujet pourront trouver une excellente analyse de ce rapport sous la plume d’un jeune révisionniste canadien, Brian A. Renk, « The Franke-Gricksch “Resettlement Action Report” : Anatomy of a Fabrication ».
 
Le lecteur désireux de se faire rapidement une idée de G. Fleming et de sa qualité d’historien peut examiner quelques photos du livre. Sur la même page figurent deux photos en provenance du ministère [communiste] polonais de la Justice. L’une est supposée montrer un camion à gaz (Gaswagen) pour asphyxier des êtres humains tandis que l’autre fait voir deux prisonniers allemands tenant des boîtes de Zyklon B comme ils étaient censés le faire quand ils asphyxiaient des détenus à Majdanek. En fait, le camion à gaz était un camion Magirus ordinaire sans rien de suspect et les prisonniers (manifestement apeurés) tenaient des boîtes de Zyklon B utilisées pour la désinfestation. 
 
En 1993 les médias du monde entier se mirent à corner que Fleming avait découvert dans les archives soviétiques la preuve que des chambres à gaz homicides avaient été construites et utilisées à Auschwitz. G. Fleming avait effectivement écrit un long article à sensation sous le titre: « Engineers of Death » ainsi que « Protokolle des Todes ».
 
En réalité, Fleming n’avait découvert aucun document de ce type mais seulement des procès-verbaux d’interrogatoires, par la police militaire soviétique, de quatre ingénieurs allemands qui, pendant la guerre, avaient participé à la construction des crématoires d’Auschwitz-Birkenau pour la compagnie Topf und Sohne et qui, après la guerre, continuaient de travailler, à Erfurt, dans la même compagnie.
 
L’armée américaine avait interrogé ces ingénieurs et les avait relâchés. Mais quand Erfurt fut remise à l’armée soviétique, les Soviétiques arrêtèrent les ingénieurs, les interrogèrent et… obtinrent d’eux les confessions attendues. 
 
Les plus importants de ces ingénieurs étaient Fritz Sander et Kurt Prüfer. Le premier mourut d’une attaque cardiaque dès le commencement de son interrogatoire. Le second mourut d’une hémorragie cérébrale en 1952 ; on possède une photo de K. Prüfer en liberté et une photo du même lorsqu’il fut aux mains des Soviétiques : la différence est criante et je dirais de la figure de K. Prüfer, photographiée par les Soviétiques, qu’elle est terrifiante ![4]
 
Les confessions étaient extrêmement vagues et du style de : « J’ai entendu dire… On m’a dit… J’ai vu de l’extérieur…[5]. » Et il se trouve que les très rares réponses qui sont précises ne coïncident ni avec les détails de l’histoire des gazages telle qu’on nous la raconte aujourd’hui, ni avec ce que nous pouvons voir à Auschwitz. Par exemple, l’un des confessés déclara : « Dans le toit (de la “chambre à gaz” du Krematorium-II), il y avait des ouvertures carrées de 25 cm x 25 cm[6]. » L’ennui est que même aujourd’hui on peut constater qu’il n’existe pas une seule ouverture dans le plafond. Je renvoie ici à mon argument : « No holes, no Holocaust » (Pas de trous, pas d’« Holocauste »).
 
En 1994 Fleming fut l’auteur, avec la collaboration de l’architecte (juif canadien) Robert Jan Van Pelt, du documentaire [Auschwitz:] Blueprints of Genocide (Plans pour un génocide), BBC, 9 mai 1994. Le point culminant du film était atteint avec un document présenté en ces termes :
 
[Ce document] dit très clairement Vous serez capable de tuer et vous serez capable de brûler simultanément dans ce bâtiment [le Krematorium II].
 
Toutefois, pour commencer, le film ne nous montre ce document que subrepticement et de telle sorte que personne ne peut en voir les mots allemands. Ensuite, ce document ne dit, en fait, rien de tel. Il s’agit d’une simple note pour mémoire en date du 23 janvier 1943 au sujet… d’un approvisionnement en électricité ! Cette note ne porte pas même le timbre, très courant, de «Secret». En réalité, elle mentionne une Verbrennung mit gleichzeitiger Sonderbehandlung, ce qui signifie une crémation (ou) combustion avec traitement spécial simultané. On remarquera que les falsificateurs ont traduit traitement spécial par tuer et qu’ils sont allés jusqu’à intervertir l’ordre des mots pour placer d’abord tuer, puis brûler. Le texte allemand, même avec cette traduction abusive par « tuer », n’aurait jamais pu désigner une activité criminelle consistant d’abord à gazer des êtres humains, puis à brûler les corps des gazés. À la place où on le trouve, le mot de Sonderbehandlung (traitement spécial) peut avoir tous les sens qu’on voudra mais non celui de tuer puisque ce traitement spécial ne faisait qu’accompagner l’action de brûler.
 
Il va de soi que, si G. Fleming et R. J. Van Pelt avaient découvert un texte allemand qui aurait «dit très clairement» ce que les historiens de « l’Holocauste » cherchent depuis si longtemps, ce texte-là aurait été publié, montré et commenté dans tous les journaux, films, livres et musées de « l’Holocauste ». Raul Hilberg, Élie Wiesel, Simon Wiesenthal, Serge Klarsfeld auraient célébré la découverte du siècle. Au lieu de quoi, ils n’ont pas pipé mot.
 
À la fin du film G. Fleming a cité, en déformant totalement leurs propos, ce que les ingénieurs allemands avaient confessé aux Soviétiques. 
 
Le film lui-même ne contient rien sur la technique et le fonctionnement des chambres à gaz nazies et rien non plus au sujet des prétendues ouvertures carrées dans le toit de la « chambre à gaz » du Krematorium-II.
 
Le 28 janvier 1995 le journaliste australien Jan Taylor annonçait dans le Sydney Morning Herald que R. J. Van Pelt envisageait de « construire sur ordinateur un modèle du camp [d’Auschwitz] ». Nous en sommes à attendre le résultat. Personnellement, il m’intéresserait de voir si l’architecte osera nous montrer les quatre ouvertures spéciales dans le toit de cette « chambre à gaz », à travers lesquelles, nous dit-on, on versait les granulés de Zyklon B.
 
G. Fleming n’est pas seulement un romancier du KGB ; il est aussi un imposteur.
 
30 septembre 1996
 
 
***
 
Les personnes qu’intéresse la transcription du commentaire d’Auschwitz, Blueprints of Genocide ont le choix entre la version britannique et la version américaine. La première présente un « texte adapté de l’émission diffusée le 9 mai 1994 » ; le document allemand y est reproduit à la page 20 avec un commentaire fallacieux en anglais. La transcription américaine est plus fidèle bien qu’on nous prévienne : « Cette transcription n’a pas été vérifiée d’après la bande vidéo. » Les références sont les suivantes : Horizon, Blueprints of GenocideTexte adapté de l’émission diffusée le 9 mai 1994, 26 p. + 6 p. Voy. Mariette Jackson, Acting Publishing Manager, Broadcasting Support Service, 252 Western Avenue, Londres W3 6XJ. Pour l’émission américaine, même titre, Nova Show no. 2204. Date de diffusion : 7 février 1995, 8 p. sur deux colonnes, WGBH Educational Foundation, Journal Graphics, P.O. Box 2222, South Easton, Massachusetts 02375, USA.

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Notes

[1] New York Times, 28 décembre 1984, p. C23.
[2] Jewish Chronicle (Londres), 12 octobre 1984, p. 4.
[3] G. Fleming, Hitler und die Endlösung, Limes Verlag, Munich 1982, p. 37, n. 56.
[4] G. Fleming, « Protokolle des Todes », Der Spiegel, n° 40 (4 octobre 1993), p. 160.
[5] « Oui, j’ai vu la chambre à gaz – de l’extérieur », ibid.
[6] Id., p. 162.