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Crise de Shoatite aiguë à l’École normale supérieure (9-10 février 2013)

La Shoatite est une forme de délire collectif qui enfièvre les illuminés de la Shoah. Chez ceux qu’elle frappe, elle provoque des manifestations d’intolérance et de violence à l’égard du reste de l’humanité. Pour la plupart, ceux qui en sont principalement affectés s’imaginent appartenir à un peuple d’élite choisi de Dieu et doté d’un supplément d’âme, d’intelligence et de cœur : le peuple juif. Ils s’estiment les victimes, depuis l’aube des temps, d’une inexplicable haine universelle. Le fait est qu’en tout temps, tout lieu, tout régime ils ont d’abord été plus ou moins bien reçus par leurs hôtes, puis, peu à peu, leurs hôtes ne les ont plus tolérés et sont allés jusqu’à décider de leur expulsion. Par la suite, les « victimes », donnant à leurs souffrances une dimension épique, ont créé une saga sans fin où on les voit, telles des offrandes à Yahweh, brûler, à cause de leurs ennemis, du feu d’un éternel Holocauste. Bref, à les en croire, Yahweh « gâte » les juifs dans tous les sens du terme.

Au XXe siècle une nation hautement civilisée, l’Allemagne, leur a d’abord permis de se développer en son sein et de prospérer. Mais, finalement, comme tant d’autres auparavant, cette nation s’est encolérée contre « le peuple élu ». Selon la thèse historique officielle, durant la Seconde guerre mondiale les Allemands auraient décidé, organisé et tenté l’anéantissement physique des juifs d’Europe (et même des juifs d’Afrique du Nord, selon l’Holocaust Memorial Museum de Washington). Cette thèse née de la propagande de guerre, certains historiens juifs ont d’abord essayé de la défendre sur le plan historique et scientifique. Mais ils se sont rendu compte que, sur ce plan-là, il n’existait aucune preuve de leurs assertions sans compter, disons-le, qu’un grand nombre de faits infligeaient un net démenti à ladite thèse ; tout au plus ces historiens pouvaient-ils invoquer des « témoignages » à l’appui de leurs incroyables accusations. Ils se sont donc mis au service de ce qu’ils ont appelé « la Mémoire », c’est-à-dire d’un amas d’élucubrations, toutes plus échevelées les unes que les autres, à base essentiellement de grils, de pals, de fours, de fumées, d’eau bouillante, de gaz, d’électricité, d’air comprimé, de chaux vive, de poisons divers. Ils se sont aussi tournés vers le cinéma, le théâtre, le sport (avec ses nageuses synchronisées de la Shoah, sa boxe à Auschwitz, son football de l’Holocauste, sa Shoah solennellement commémorée par le Bayern de Munich ce 27 janvier 2013 après les larmes des footballeurs italiens l’été dernier à Auschwitz,…). Ils ont retrouvé et proposé à la vente les recettes de cuisine de l’Holocauste, la pâtisserie de la Shoah. Ils nous ont suffoqués d’Holocauste ou de Shoah par la danse, l’opéra, le guignol, le roman, le radiotage, la fiction télévisuelle, le documenteur, les concours de Miss Survivante de la Shoah, le racket bancaire ou financier, les prestations larmoyantes de « témoins » dans les établissements scolaires, et ici, enfin, à Paris, dans l’étude psychanalytique de la Shoah. À ce sujet une rencontre, ces 9 et 10 février à l’Ecole normale supérieure, nous promet un régal de sabir exclusivement casher.

Participera à cette rencontre le Père Patrick Desbois, ce sacré farceur de « la Shoah par balles [à l’Est] » ainsi que de « la Shoah par étouffement [sous édredon] ». Il expliquera une fois de plus comment il a découvert à l’Est au moins huit cents charniers comptant au moins un million et demi de squelettes juifs. Mais il ne s’agit pas de lui réclamer une seule preuve, un seul rapport criminologique, une seule photo des restes d’un seul juif exhumé. Un certain rabbin Schlesinger qu’il a consulté à Londres lui a déclaré qu’il est interdit d’ouvrir un charnier juif supposé contenir des « saints » ; or, toutes les victimes de la Shoah étant réputées saintes, leurs sépultures « doivent être laissées intactes afin de ne pas déranger leur quiétude » (Porteur de mémoires / Sur les traces de la Shoah par balles, Éditions Michel Lafon, Paris 2007, p. 186). D’après le bon Père, les SS en charge de rouvrir certaines fosses pour en faire disparaître ensuite les cadavres de juifs en les brûlant étaient diaboliquement ingénieux : ils informaient Berlin des progrès de leurs travaux par l’envoi de télégrammes rédigés dans le langage de… la météorologie : « Le nombre de nuages indiquait le nombre de fosses ouvertes et la hauteur de la pluie, le nombre de corps qu’ils avaient brûlés » (p. 227). Par ailleurs, à ses yeux, toute douille allemande glanée sur le terrain dans une région où s’étaient autrefois déroulées de terribles batailles attestait nécessairement de l’exécution d’un juif ; par exemple, à tel endroit, trois cents de ces douilles retrouvées prouvaient, à elles seules, l’exécution de trois cents juifs (p. 77, 84,…). Et le Père Patrick est à croire sur parole.

Je souhaite qu’on participe à cette rencontre de l’ENS et qu’on m’en adresse un compte rendu. On contiendra son émotion. Vu le nombre et la qualité des responsables et des intervenants, on pourra se réjouir de constater à quel point Adolf Hitler a échoué dans son – incroyable – projet d’exterminer le « peuple (auto)-élu ». Quant à son ordre d’extermination, on n’en a jamais trouvé la moindre trace. Raul Hilberg, le Number One des historiens orthodoxes, auteur de la bible shoatique intitulée The Destruction of the European Jews, a bien d’abord parlé, à l’esbroufe, de « deux ordres » de Hitler de tuer les juifs ; il l’a fait à la page 177 de la première édition de son ouvrage, en 1961. Mais, par la suite, il s’est ravisé. En 1982, dans un entretien avec le journaliste français Guy Sitbon, il a été amené à déclarer : « Je dirai que, d’une certaine manière, Faurisson et d’autres, sans l’avoir voulu, nous ont rendu service. Ils ont soulevé des questions qui ont eu pour effet d’engager les historiens dans de nouvelles recherches. Ils nous ont obligés à rassembler davantage d’informations, à réexaminer les documents et à aller plus loin dans la compréhension de ce qui s’est passé » (Le Nouvel Observateur, 3-9 juillet 1982, p. 71). Du coup, en 1985, dans sa seconde édition – « revised and definitive » –, il a procédé à une spectaculaire révision en déclarant qu’en réalité cette extermination s’était faite sans aucun ordre, sans plan, sans instruction autre qu’orale, sans concertation formelle, sans budget, sans rien et seulement à l’initiative de la vaste bureaucratie allemande qui a veillé à ne laisser aucune trace écrite et agi de manière spontanée « par une incroyable rencontre des esprits, une transmission de pensée consensuelle » (by an incredible meeting of minds, a consensus-mind reading). R. Hilberg passait ainsi d’une première interprétation exigeant des preuves à une seconde interprétation qui ne demandait plus que les yeux de la foi. Quant à la décision d’exterminer les juifs prétendument prise à Wannsee le 20 janvier 1942 par Reinhard Heydrich, l’historien juif Yehuda Bauer a fini par la qualifier de « silly story » (Canadian Jewish News, 30 janvier 1992, p. 8) ; d’ailleurs, dans le procès-verbal de la conférence de Wannsee il n’est nullement question de tuer des juifs ; au contraire, on y spécifie qu’« ainsi que l’enseigne l’histoire », après la guerre en cours et le travail forcé, « à leur remise en liberté » (bei Freilassung), les survivants endurcis par l’épreuve seront à considérer comme la « cellule germinative d’un renouveau juif » (Keimzelle eines neuen jüdischen Aufbaues) quelque part hors d’Europe. Plus courageux que R. Hilberg, bien d’autres historiens orthodoxes, constatant qu’ils s’étaient trompés, ont reconnu leur erreur. Tel Arno Mayer qui a conclu : « Les sources pour l’étude des chambres à gaz sont à la fois rares et douteuses » (rare and unreliable) (The “Final Solution” in History, Pantheon Books, New York 1988, p. 362). Tel Michel de Boüard qui a déclaré : « Le dossier [du système concentrationnaire] est pourri » par trop de mensonges (Ouest-France, 2-3 août 1986, p. 6). Tel Jean-Claude Pressac qui a fini par capituler et par écrire : « La forme actuelle, pourtant triomphante, de la présentation de l’univers des camps est condamnée » car trop de « faits » non établis y sont « destinés aux poubelles de l’histoire » (Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Seuil, Paris 2000, p. 651-652).

Il serait sage de suivre l’exemple de ces derniers historiens, juifs comme non juifs.

27 janvier 2013

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Ci-après : Annonce de la « rencontre ». Longue de plus de quatre pages, cette annonce est écrite en un français de yeshivot et dans le sabir requis pour faire sérieux.

 

ACTUEL DE LA SHOAH   (Témoigner de l’impensable)

Troisième rencontre organisée à l’ENS par Psychanalyse Actuelle

Samedi 9 et dimanche 10 février 2013 / École normale supérieure / Salle Dussane 45, rue d’ULM 75005 Paris / Samedi 9 février 2013 à partir de 17h30 – Projection du film « The Memory of Justice » en présence de son auteur Marcel Ophuls. Dimanche 10 février 2013 de 9h30 à 19h.

D O C U M E N T [sous forme condensée]

ACTUEL DE LA SHOAH   (Témoigner de l’impensable)

Troisième rencontre organisée à l’ENS par Psychanalyse Actuelle

Samedi 9 et dimanche 10 février 2013 / École normale supérieure / Salle Dussane 45, rue d’Ulm 75005 Paris / Samedi 9 février 2013 à partir de 17h30 – Projection du film « The Memory of Justice » en présence de son auteur Marcel Ophuls. Dimanche 10 février 2013 de 9h30 à 19h.

Débats et interventions avec : Marcel Ophuls – Beate Klarsfeld – Serge Klarsfeld – Marceline Loridan-Ivens Annette Wieviorka (Historienne) – Le Père Patrick Desbois (Président de Yahad In Unum) – Georges-Arthur Goldschmidt (Écrivain) – Georges Bensoussan (Historien) – Jonathan Hayoun (Président de l’UEJF) – Béatrice Benhamou-Prasquier (Historienne) – Jean-Marc Dreyfus (Historien) – Bernard Toboul (Psychanalyste) – Olivier Douville (Psychanalyste, Anthropologue).

Et les membres du comité d’organisation du colloque : Judith Cohen Solal (Psychanalyste) – Raphaël Haddad (Conseil en communication) – Éric Halimi (Journaliste) – Anne-Marie Houdebine (Psychanalyste, Sémiologue) – Maria Landau (Psychanalyste) – Françoise Moscovitz (Psychanalyste) – Jean-Jacques Moscovitz (Président de Psychanalyse Actuelle, Psychanalyste) – Claude-Noële Pickmann (Psychanalyste) – Arielle Schwab (Consultante) – Fred Siksou (Éditeur).

Argument – Après nos deux premiers temps d’« Actuel de la Shoah » en mars 2001 et avril 2008, par cette 3ème rencontre nous voulons élaborer les conséquences complexes dans notre actuel de la Shoah : à ce qui, bien que nommé, ne s’inscrit pas ou mal dans la parole, séjourne en creux, à notre insu, en chacun de nous.État des lieux / On constate qu’il existe de très nombreuses réalisations culturelles, académiques, scolaires visant à la transmission de la mémoire de la Shoah. Pourtant il y a une difficulté dans la manière d’en transmettre aussi bien sa mémoire que son histoire. – Ces démarches illustrent l’éventail des modes de transmission, des approches plus pathétiques aux plus descriptives, des scénarisations parfois obscènes à l’invitation au travail par la suggestion et par l’acceptation de son irreprésentabilité. – Cet éventail se retrouve notamment dans le cinéma avec d’un côté certains films à succès qui visent à la vulgarisation (mais acceptent parfois pour renforcer l’identification ou la romance, de reprendre à leur insu les points de vue induisant la fascination et l’impudeur), et de l’autre la pudeur de films comme celui de Marcel Ophuls ou de celui de Claude Lanzmann, qui suggèrent l’impossible à montrer pour comprendre ce qu’est la Shoah. – Cette identification qui cherche à tirer des larmes pose problème : qu’en reste-t-il, dans la mesure où elle évacue la question de la responsabilité individuelle ou collective, nécessaire à la transmission de l’Histoire de la Shoah. – À force d’émotion et de ressassement, cette question ne s’épuise-t-elle pas dans l’image, dans les récits, dans les écrits ou même dans les voyages en Europe de l’Est? De telle sorte que nous voilà confrontés à des : « Je sais déjà, j’en ai trop entendu », voire même « j’ai déjà vu le film » alors même que ce n’est pas le cas.

Objectifs de cette journée, plusieurs interrogations sur la mémoire de la Shoah – Comment la Shoah s’inscrit-elle aujourd’hui dans la société? – En quoi change-t-elle mon être au monde ? Comment en suis-je sans cesse affecté ? – Un travail d’actualisation permanente de la transmission et de la mémoire est nécessaire : construire un temps de réflexion sur une approche qui serait spécifique à la France ? Une approche qui laisse place à l’intime, qui supporte l’intime sur cette question. – Cette démarche est essentielle aujourd’hui, elle ne constitue pas uniquement un hommage, un devoir : elle est aussi féconde pour le présent : et la Deuxième Guerre mondiale et la Shoah sont au fondement de l’Europe. De plus, aujourd’hui, dans son actualité avec les Roms, les Arabo-musulmans et les Juifs, la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ne peut se passer de la connaissance de cette histoire, avec le délicat équilibre entre la pleine conscience de sa spécificité et la possibilité d’en tirer des leçons. – Le fil conducteur de ces journées est la transmission dans l’actuel entre Histoire et intime. Comment chacun est-il touché et interrogé par la destruction des Juifs d’Europe ? Qu’en est-il collectivement quand échappe une dimension essentielle: celle de l’altérité désignée comme devant être effacée. – Freud avance que l’incomplétude de l’humain trouve deux sortes de réponses : soit les armes et la violence et c’est la Barbarie qui guette l’humanité, soit le droit et la parole, et c’est la Civilisation qui s’instaure, aussi fragile soit-elle. – Marcel Ophuls dans son film y fait écho en nous donnant à voir des images inoubliables du Procès de Nuremberg car là se découvre l’immensité des crimes que le Droit – aussi utopique qu’il soit – inscrit dans l’Histoire. – Mais comment questionner l’intime sans recourir à l’identification mortifère ? Au voyeurisme ? Comment transmettre l’Histoire, sa spécificité, son indicibilité, son ampleur de destruction, sans se priver pour autant des histoires individuelles et de la tragédie qu’elles portent ?

Actuel de la Shoah – C’est repérer combien d’une certaine manière le point de vue de l’ennemi de l’humanité nous attend à tous « les coins et recoins» de la transmission :

– D’un côté, l’enseignement par la technique, les chiffres, les faits, qui permettent d’appréhender la spécificité de la Shoah et de la destruction absolue, de la raconter à son tour, et d’assurer ainsi une pérennité de la transmission. Mais ce mode fait courir le risque de reprendre à son compte la violence des processus de destruction, et de nier l’humain. – De l’autre, l’enseignement par les histoires individuelles, qui touche un grand nombre de gens et diffuse le sujet. Mais cette manière d’aborder l’Histoire, fait courir le risque de l’identification et du pathos. Et alors qu’en reste-t-il pour une construction politique de la mémoire, face au négationnisme ou à l’antisémitisme ?

Alors quels mots ? – Difficulté et ambivalence de la transmission se retrouvent dans le langage, dans les mots qui tentent de dire la Shoah. Rappelons que ce nom indique ‘l’effectuation’ des crimes et la sépulture de chacune des victimes assassinées dans les chambres à gaz. Comment le langage négateur de l’humain est-il transmis, par exemple avec la notion de « camps de concentration » au lieu de «camps d’extermination» ? Jusqu’où faut-il ne pas aller ? Autre exemple, un certain raisonnement de causalité semble admis dans la phrase : « Morts parce que Juifs » : « morts parce qu’ils ont été tués » plutôt ! – Avec Shoah comme mot nouveau arrivé dans nos langues, se produit un apaisement, qui nous extirpe, chacun, du monde de la mort qui a été voulu, construit, puis nié. Par ce mot nous nous trouvons hors du terrain négateur de l’humanité, et de l’histoire. Nous trouvons d’autres traces à suivre ou à sillonner que celles des assassins pour transmettre ou recevoir.

Aujourd’hui, la tuerie de Toulouse que l’on nomme à tort « Affaire Merah », constitue un autre exemple de l’adoption dans le langage du point de vue de l’assassin. Ce qui nous oblige à lutter contre l’antisémitisme et le racisme après ce pan d’Histoire rompue. – Claude Lanzmann invente un mot qui fait rupture dans la langue française, la troue dans son oralité (le hiatus des voyelles) comme dans son écriture (« Sh »), éjecte le mot Holocauste, donne un sens inouï à cet événement. Ce mot, immaîtrisable, crée un signifiant nouveau, et réinvente la transmission. Il nous fait relire, revoir, recevoir au plu juste ce qui précède une telle œuvre, notamment Memory of Justice. – Forts de ce mot Shoah, comment transmettre aujourd’hui ? – Faut-il transmettre à tout prix ? Ce film est un index pointé sur la transmission en renonçant au pathos, ce qui rend cette démarche difficile. Au point d’en éloigner certains, la jugeant « élitiste ». – Se pose alors une question importante à l’heure où l’on est tenté parfois de renoncer à mener la bataille : comment éviter de lâcher cette question ? Et comment s’armer pour répondre à ceux croiraient en savoir assez ou trop… – Les journées « Actuel de la Shoah » invitent à l’élaboration de ces approches pour trouver ensemble des voies vivantes, pour penser des actions qui ne nous laissent pas silenciés devant le vacarme du monde.

Texte établi par le comité d’organisation : Judith Cohen Solal, Raphaël Haddad, Éric Halimi, Anne-Marie Houdebine, Maria Landau, Françoise Moscovitz, Jean-Jacques Moscovitz, Claude-Noële Pickmann, Arielle Schwab, Fred Siksou.

The memory of justice: une introduction au film

“The Memory of Justice” de Marcel Ophuls (1976) n’a été vu que très récemment, ce qui nous invite à le voir/revoir ensemble lors de ces journées dans une rétroaction d’autant plus constructive, semble-t-il, qu’elle nous renvoie «Au chagrin et à la pitié». Ce qui nous montre combien le cinéma venu d’auteurs français est notre héritage et ô combien précieux pour nous. Ce dont nous voulons faire part avant de nous laisser surprendre par de tels enseignements dont la force et l’insistance ne viennent pas du cinéma par hasard. – Comment filmer les mots qui font l’actuel de notre temps, comment le cinéma nous invite à le faire, le dire, le voir avec lui, avec le regard de Marcel Ophuls dans The Memory of Justice. – Il s’agit de ce qu’il s’est passé en 1939-45 dans l’Europe nazifiée, la Shoah, d’est en ouest. Nuremberg en 1935 : d’où sont parties les lois du meurtre des juifs, des malades mentaux. Comment les Allemands, de qui sont venus les ordres, les méthodes, les actes de tuer, ont-ils su, voulu savoir, ne pas savoir, effacer les traces, et aussi pour d’autres comment les formuler en paroles. – Comment la parole et le Droit sont dans ce film mis en images, celle du Procès de Nuremberg en 1946-48 organisé par les Alliés.Acte d’humanité pour dire l’a-humanité, les Images de cinéma du Procès mettent ici en paroles la justice face à notre mémoire, non pas maîtrise de l’Histoire, mais bien une mise au présent, en un présent qui nous tient par défaut en un mouvement qui nous invite sans atermoiement à l’accueillir sans cesse, sans conclure, sans le constituer en un objet de science. L’art du cinéma, art majeur et amplifié depuis Shoah de Lanzmann et The Memory of justice de Marcel Ophuls, dit notre existence dans le monde d’aujourd’hui. – La caméra de Marcel Ophuls ici déploie notre actuel en filmant comment les Allemands en parlent entre eux, et surtout en récurrences qui scandent le film, des séquences des paroles du Procès, des accusés, des présidents du TMI, des témoins, séquences des gens vivant en Allemagne après les crimes, admirateurs du nazisme, ou au contraire des jeunes qui disent comment ils le pensent, accusent, en reçoivent l’écho de leurs parents ; séquences où le danger de suicide guette… séquences des familles qui se racontent l’évènement… séquences aussi sur le Vietnam, l’Algérie. – Acte de cinéma, de parole, d’engagement à dire sans cesse, acte politique pour nous, pour l’Europe…

Actuel de la Shoah – témoigner de l’impensable / Troisième rencontre organisée à l’ENS par Psychanalyse Actuelle / Programme :

Samedi 9 février 2013 “The Memory of Justice” : 17h30: Accueil des participants / Ouverture du colloque par Jean-Jacques Moscovitz / Allocution d’ouverture par Guillaume Bonnet Directeur Adjoint Lettres de l’École Normale Supérieure /Accueil de Marcel Ophuls – 18h – 22h10: Projection du film “The Memory of Justice”- 22h10 – 23h: Échanges entre la salle et Marcel Ophuls / En présence de Beate Klarsfeld et Serge Klarsfeld

Dimanche 10 février 2013 matin : Entre créer au cinéma, en recevoir les effets pour le spectateur, et élaborer un savoir sur ce qu’il s’est passé… Quelle responsabilité du spectateur ? 9h30: Accueil des participants – “The Memory of Justice” : rappel par Fred Siksou des temps forts de la projection et des échanges de la veille. – 10h : Intervention d’Annette Wieviorka : « Les Procès de Nuremberg » – 10h30 : Débat en présence de Marcel Ophuls sur l’histoire, le parcours du film en Allemagne, en France, aux USA… Avec Marceline Loridan-Ivens, Fred Siksou, Jean-Jacques Moscovitz, Anne Marie-Houdebine. Modérateur : Éric Halimi – Échange avec la salle

13h: Pause déjeuner

Dimanche 10 février 2013 après-midi : Faut-il transmettre à tout prix ? Plus on en parle, mieux c’est ? Quelles responsabilités entre individuel et collectif ? Quels sens prévalent aujourd’hui ? – 14h15: Table ronde : Ouverture par le Père Patrick Desbois. Béatrice Benhamou-Prasquier, Olivier Douville, Jonathan Hayoun, Bernard Toboul. Modérateur : Éric Halimi – Dialogue à la tribune et avec la salle -16h: Pause – Quels mots pour le dire ? – Entre intime et politique ? Rôle du cinéma ? Maladresses, usages/mésusages et torsion du langage (cf. tuerie de Toulouse) ? Impact des médias ? – 16h15: Table ronde : Ouverture Georges Bensoussan – Jean-Marc Dreyfus, Maria Landau, Claude-Noële Pickmann. Modératrice : Judith Cohen Solal – Dialogue à la tribune et avec la salle – 18h15: Lecture de Eurêka !, texte de Imre Kertész, par la comédienne Valérie Halimi. – 18h30: Georges-Arthur Goldschmidt : « de la destruction de la langue allemande » – 18h45: Conclusion et projets par Anne-Marie Houdebine

Discutants pour l’ensemble des journées : Arielle Schwab, Françoise Moscovitz, Raphaël Haddad.