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Le révisionnisme appliqué à la “révolution roumaine”

La « révolution roumaine » aura donc fait cent fois moins de victimes que nous l’avaient annoncé, dans le feu des événements, les agences de presse hongroise et yougoslave, relayées parfois hâtivement par les médias occidentaux. 689 morts au total et pour toute la Roumanie : ce chiffre a été donné la semaine dernière par les autorités roumaines dans le cadre d’un procès de dignitaires de l’ancien régime. Notons qu’il inclut, sans faire de distinction, l’ensemble des victimes et notamment les membres de la Securitate tués par l’armée. « On est loin des soixante mille morts officiellement annoncés lors du procès des époux Ceaucescu. On est encore plus loin des douze mille prétendus morts pour la seule ville de Timisoara […]. Plus grave encore, il paraît avéré aujourd’hui que les prétendus charniers de Timisoara n’ont jamais existé […]. Rappelons que, durant cette même semaine de décembre 1989, l’intervention américaine à Panama, passablement négligée par les médias, faisait deux mille victimes. Trois fois plus…[1]. »

Libération reproduit la photographie, bien connue, des cadavres avec, en particulier, le bébé placé sur sa mère. « Un homme a placé, par pudeur, le corps d’un bébé sur celui d’une femme pour ne pas le poser à même la voie […] toutes les [dix-neuf] victimes sont décédées avant le 16 décembre [début de la révolte]. Mis en présence de dix-neuf corps décomposés, la rumeur propage le chiffre de quatre mille six cent trente torturés. […] Dans un remarquable travail effectué au mois de mars [1990], les étudiants de la faculté de mécanique de Timisoara, après avoir partagé la ville en soixante-neuf zones et envoyé les enquêteurs de porte en porte, ont conclu pour leur part à la mort de cent quarante-sept personnes, parmi lesquelles vingt-cinq disparus, pour quelque trois cent trente-quatre blessés[2]. »

« Les trois cent cinquante mille habitants de Timisoara restent dans leur majorité convaincus que le nombre des victimes de la révolution est beaucoup plus important que le bilan officiel. La terrible photo du cadavre avec l’enfant illustre toujours, à chaque manifestation politique, les affiches clamant “Timisoara, cité martyre de la révolution”[3]. »

4 avril 1990

 

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[1] J.-C. Guillebaud, « Roumanie. Ces morts disparus », Nouvel observateur, 8 février 1990. 
[2] Enquête de Libération4 avril 1990, p. 8. 
[3] Id., p. 7.