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Le révisionnisme actif de Jean-Gabriel Cohn-Bendit

Noël Mamère, député des Verts, se voit de plus en plus reprocher, à la radio comme à la télévision, ses accointances avec un autre Vert, Jean-Gabriel Cohn-Bendit, le frère aîné de « Dany le Rouge ». On lui fait grief de ce que « Gaby » Cohn-Bendit s’est, il y a vingt ans, compromis avec des révisionnistes comme Pierre Guillaume (responsable de la Vieille Taupe), Serge Thion ou Robert Faurisson.

Récemment, lors d’une émission télévisée animée par Thierry Ardisson, N. Mamère, ancien journaliste à la langue bien pendue et réputé pour avoir réponse à tout, a été pris de court par cette accusation. Il a d’abord bredouillé. Il a affecté l’ignorance. À l’animateur qui affirmait que Gaby Cohn-Bendit avait autrefois «fricoté» avec les révisionnistes et, en particulier, avec « Faurisson qui dit que les chambres à gaz n’ont pas existé », il a demandé si l’information avait été vérifiée à bonne source. Puis, il a cru trouver une parade en prétendant que, sans jamais émettre de propos révisionnistes, Gaby Cohn-Bendit s’était contenté de prendre la défense des révisionnistes et de leur droit à s’exprimer librement.

N. Mamère est dans l’erreur. Gaby Cohn-Bendit a tenu des propos révisionnistes et peut-être les tiendrait-il encore aujourd’hui sans ces pressions et ces campagnes de presse qui l’ont récemment conduit à se désolidariser des révisionnistes lors d’une campagne électorale menée par les Verts de sa région.

Des propos révisionnistes

À la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, à l’occasion de « l’affaire Faurisson », sa position sur le sujet des chambres à gaz nazies, du génocide des juifs et du nombre des juifs européens morts du fait des Nazis pouvait se résumer en ces termes :

– Il y a lieu de « douter » ;

– Il convient d’« accepter le débat » ;

– La réponse faite à Faurisson par trente-quatre historiens (dont Fernand Braudel) est « monstrueuse » ;

– Sur les faits (ordre de Hitler de tuer les juifs, chambres à gaz, chiffres,…), «je ne suis pas loin de penser que les révisionnistes ont raison» ;

– « Si l’on peut douter de l’existence des chambres à gaz, c’est qu’elle ne tient que sur des récits de témoins (aveux, mémoires, témoignages aux procès) et que ces récits sont contradictoires en eux-mêmes et entre eux, comme je l’ai montré à propos de [Johann-Paul] Kremer [médecin SS à Auschwitz] » ;

– « Battons-nous donc pour qu’on détruise ces chambres à gaz que l’on montre aux touristes dans les camps où l’on sait maintenant qu’il n’y en eut point, sous peine qu’on ne nous croie plus sur ce dont nous sommes sûrs. Les nazis avaient des camps modèles à montrer aux bonnes âmes de la Croix-Rouge ; ne nous laissons pas aller à faire l’inverse » ;

– « Ce que je me refuse à faire, y compris aux néo-nazis, je ne suis pas prêt à accepter qu’on le fasse à des hommes comme Rassinier ou Faurisson dont je sais qu’ils n’ont rien à voir avec eux, et le procès intenté à ce dernier me rappelle plus l’Inquisition qu’une lutte contre le retour du pire. »

Si Gaby Cohn-Bendit prenait ses distances d’avec les révisionnistes, c’était en écrivant que « sans chambre à gaz, sans ordre d’extermination, simplement avec un ordre de déportation dans des ghettos, des camps, tous lieux de mort », il y avait eu une forme d’extermination comparable à celle des Indiens par les Yankees, des Arméniens par les Turcs ou des Tatars de Crimée par Staline.

Liberté pour les révisionnistes

Gaby Cohn-Bendit plaidait effectivement en faveur de la liberté d’expression des révisionnistes mais il le faisait avec une force et une assurance manifestement puisées dans la conviction que les révisionnistes avaient soulevé un véritable problème historique, un problème, écrivait-il, que « l’historien ne peut évacuer ». Pour sa part, il concluait qu’il croyait moins en un génocide (une extermination sans précédent, ordonnée, programmée, contrôlée), aux chambres à gaz et aux six millions, qu’en une déportation qui, dans les faits, avait abouti à une extermination comme l’histoire en avait déjà connu.

Source

Si Noël Mamère souhaite vérifier à la source ce résumé de la position adoptée par son ami Gaby Cohn-Bendit en 1979-1981 sur le « problème » des chambres à gaz, du génocide et des six millions, il peut se reporter à un ouvrage collectif publié en 1981 et portant pour titre Intolérable Intolérance.[1] Les auteurs en étaient, dans l’ordre, Jean-Gabriel Cohn-Bendit (p. 12-29), Éric Delcroix (avocat de Robert Faurisson), Claude Karnoouh (CNRS), le professeur Vincent Monteil et Jean-Louis Tristani (CNRS). L’ensemble se présentait comme un « recueil de textes en forme de supplique à MM. les magistrats de la cour d’appel de Paris ». Joignant le geste à la parole, Gaby Cohn-Bendit avait eu le courage de se porter « intervenant volontaire » (avec Serge Thion, Jacob Assous, Gabor Tamas Rittersporn, Pierre Guillaume et d’autres personnes) aux côtés et en faveur de Robert Faurisson, aussi bien en première instance qu’en appel, au procès intenté à ce dernier par tout un ensemble d’associations dont la LICRA. Le 26 avril 1983, la première chambre de la cour d’appel de Paris condamnait, certes, R. Faurisson pour sa dangerosité mais admettait le sérieux de ses travaux sur « le problème des chambres à gaz » ; la cour concluait qu’il devait, par conséquent, être permis à chacun de dire que les chambres à gaz nazies ont ou n’ont pas existé. Gaby Cohn-Bendit avait eu sa part dans cette victoire de R. Faurisson.[2]  

                                                                                                                                                          12 novembre 1999

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[1] Publié aux éditions de la Différence en 1981, l’ouvrage peut se commander auprès de P. Guillaume, BP 9805, 75224 Paris cedex 05.
[2] Pour les termes de son abjuration du révisionnisme, voir Gaby Cohn-Bendit, Nous sommes en marche, Flammarion, Paris 1999, 275 p., p. 235-245.