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Fritjof Meyer s’est retiré du débat public

En mai 2002 Fritjof Meyer, rédacteur en chef du magazine Der Spiegel, avait publié dans Osteuropa, mensuel dont le comité directeur est présidé par Rita Süssmuth, ancienne présidente du Bundestag, un article (p. 631-641) intitulé « Die Zahl der Opfer von Auschwitz. Neue Erkenntnisse durch neue Archivfunde » (Le nombre des victimes d’Auschwitz. Nouvelles données grâce à la découverte de nouvelles archives). Récusant le chiffre de 4 000 000 de victimes (donnée officielle jusqu’en 1990) et celui de 1 500 000 (donnée non moins officielle, mais révisée, à partir de 1995), il proposait hardiment le chiffre « présumé » de 510 000 morts, dont «vraisemblablement» 356 000 tués par gaz. Il affirmait que ce « génocide » avait «vraisemblablement» été perpétré « surtout » (überwiegend) à l’extérieur du camp d’Auschwitz, dans la « ferme blanche » ou « Bunker I » et la « ferme rouge » ou «Bunker II». Pour les gardiens de la foi holocaustique cette dernière assertion enfreignait le dogme selon lequel les gazages avaient été perpétrés surtout , et de loin, dans les quatre vastes crématoires du camp d’Auschwitz-Birkenau.

Dès juillet 2002, des publications révisionnistes ont fait état de cette spectaculaire révision venue d’un auteur qui dans son étude dénonçait ce qu’on appelle la barbarie nazie. En novembre le Journal of Historical Review a reproduit dans sa livraison datée de mai-août 2002 un compte rendu de Mark Weber (p. 24-28). En février 2003 le premier numéro de The Revisionist, publication de Germar Rudolf, a contenu sur le sujet une étude de Carlo Mattogno (p. 30-37). En Allemagne même, la revue Nation und Europa a lancé et entretenu une longue campagne révisionniste sur le thème du « révisionnisme » de F. Meyer. Wieland Körner a traité du sujet dans un opuscule, Die neue Sicht von Auschwitz (La nouvelle vue d’Auschwitz), janvier 2004, Durchblick-Bücher, PF 33 04 04, D 28334 Bremen.

Du côté des auteurs orthodoxes, il a bien fallu sortir du silence. Dans Die Welt, Sven Felix Kellerhof a ouvert le feu en déplorant l’égarement d’un « témoin-clé de la gauche libérale » venu au secours des « négateurs de l’Holocauste » (28 août 2002). Il s’en est suivi une controverse avec F. Meyer protestant de ses bonnes intentions et de ses convictions « antifascistes ». À son tour, Franciszek Piper, ancien directeur communiste du Musée d’Auschwitz, est entré dans la controverse. F. Meyer lui a répliqué. L’affaire s’est envenimée. Des révisionnistes ont habilement contraint les autorités judiciaires allemandes à expliquer pourquoi elles ne poursuivaient pas F. Meyer. Réponse de ces dernières : l’auteur a sans doute procédé à une réduction des chiffres mais sans minimiser la gravité du crime (pour l’intégralité de la réponse du ministère public de Lüneburg, le 1er août 2003, on se reportera à Recht und Wahrheit, Nr 11+12/2003, p. 16-17, revue publiée à Tenerife).

En définitive, l’affaire prenant tout de même fâcheuse tournure pour lui, le rédacteur en chef de Der Spiegel a préféré jeter l’éponge. Dans un court texte daté du 12 février 2004 il a annoncé que, vu le parti que les révisionnistes avaient tiré de son article et vu leur intention de persister dans l’avenir à « instrumentaliser » ses thèses, il préférait se retirer du débat public. Pour terminer, il en a appelé à une mobilisation contre les fascistes où qu’ils se trouvent. Il a confié sa décision au Service d’information contre l’extrémisme de droite (Informationsdienst gegen Rechtsextremismus) dirigé par Albrecht Kolthoff, lequel, pour sa part, dans un texte daté du 23 février 2004, déclare qu’il comprend la décision de F. Meyer mais la déplore.

6 septembre 2004